L’Italie s’impose désormais comme le premier partenaire économique et stratégique de l’Algérie, dépassant la France, pourtant acteur historique dans la région. Cette montée en puissance repose sur trois piliers majeurs : l’énergie, le commerce et la diplomatie.
En seulement trois ans, les échanges commerciaux entre l’Italie et l’Algérie ont doublé pour atteindre 21 milliards de dollars en 2023. Cette accélération est notamment due à une politique offensive de l’Italie pour sécuriser son approvisionnement énergétique face aux tensions sur le marché mondial du gaz.
Le gaz algérien, un enjeu stratégique pour Rome
L’élément central du rapprochement entre Rome et Alger est la coopération énergétique. L’Italie, qui dépend largement des importations de gaz, a vu dans l’Algérie une alternative fiable aux approvisionnements russes, réduits depuis le début du conflit en Ukraine.
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Grâce à une série d’accords signés entre Sonatrach, la compagnie nationale algérienne des hydrocarbures, et ENI, son homologue italien, l’Italie est devenue le premier acheteur de gaz algérien, devant l’Espagne et la France.
L’Italie bénéficie notamment du gazoduc Transmed, qui relie directement l’Algérie à la Sicile via la Tunisie. Ce corridor énergétique stratégique permet à l’Italie de sécuriser une part importante de son mix énergétique tout en renforçant son influence en Méditerranée.
Par ailleurs, l’Italie ne se contente pas d’acheter du gaz : ENI investit activement dans l’exploration et l’exploitation de nouveaux gisements gaziers en Algérie, consolidant ainsi une relation durable.
Un partenariat économique diversifié
Si l’énergie constitue l’axe principal de cette collaboration, l’Italie s’implante aussi dans d’autres secteurs clés. En 2022, Rome et Alger ont signé 15 accords bilatéraux couvrant des domaines variés :
- Industrie pharmaceutique : implantation de laboratoires et transfert de technologies.
- Infrastructures : modernisation des routes et du réseau ferroviaire.
- Agriculture : coopération technique et formation.
- Énergies renouvelables : développement de projets solaires et éoliens.
L’Italie s’impose ainsi comme un partenaire polyvalent, favorisant l’industrialisation de l’Algérie et son intégration aux circuits commerciaux européens.
Une diplomatie pragmatique et efficace
La diplomatie italienne a joué un rôle clé dans ce repositionnement. Contrairement à la France, dont les relations avec l’Algérie restent marquées par des tensions liées à l’histoire coloniale et à des différends sur l’immigration, l’Italie a adopté une approche pragmatique et dénuée de passif historique.
La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a mis en avant une stratégie de diplomatie économique, en se concentrant sur des projets concrets et bénéfiques aux deux parties. Cette approche a renforcé la confiance d’Alger envers Rome, au moment où les relations franco-algériennes se détérioraient.
Les récentes restrictions françaises sur les visas pour les Algériens, ainsi que des incidents diplomatiques répétés, ont contribué à refroidir les relations entre Paris et Alger. En parallèle, l’Italie a multiplié les gestes de coopération, notamment en facilitant les échanges commerciaux et les investissements bilatéraux.
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Un bouleversement des équilibres en Méditerranée
L’ascension de l’Italie en Algérie traduit une reconfiguration des influences en Méditerranée. Longtemps considérée comme la principale puissance européenne en Afrique du Nord, la France voit son rôle remis en question.
L’Italie, en misant sur une stratégie énergétique et économique cohérente, a su saisir les opportunités offertes par la volonté algérienne de diversifier ses alliances. Avec des projets d’expansion dans l’industrie et les infrastructures, Rome semble bien partie pour pérenniser sa place de partenaire privilégié de l’Algérie.
Face à cette situation, la France devra réajuster sa politique si elle veut préserver son influence dans la région. Pour l’instant, l’Italie apparaît comme le nouvel acteur incontournable du Maghreb.
