Transsaharien vs Transatlantique : l’Algérie creuse l’écart avec le Maroc

Le secteur de l’énergie en Afrique connaît une compétition croissante entre l’Algérie et le Maroc, deux pays qui se disputent la construction de gazoducs stratégiques. D’un côté, l’Algérie avance dans la réalisation de son projet de gazoduc transsaharien, soutenu par des accords institutionnels solides. De l’autre, le Maroc, malgré ses ambitions et ses annonces, peine à concrétiser son gazoduc transatlantique, confronté à des retards et à des incertitudes.

L’Algérie a su développer son gazoduc transsaharien avec une approche pragmatique, soutenue par un réseau d’infrastructures déjà existant. Le projet, qui reliera l’Algérie, le Niger et le Nigeria, s’appuie sur des accords bilatéraux et multilatéraux. Ces derniers ont permis de formaliser des engagements institutionnels clairs entre les trois pays, et le protocole d’entente signé en 2022 entre ces nations a renforcé l’impulsion du projet. Le gazoduc bénéficie de l’expérience de l’Algérie et du Nigeria dans la gestion des infrastructures énergétiques, avec un réseau de gazoducs déjà opérationnel et des installations de compression et de transit bien implantées.

Le gouvernement algérien a également pris soin d’intégrer une dimension stratégique au projet. En effet, l’Algérie a la capacité d’exporter directement vers l’Europe grâce à ses terminaux en Méditerranée, ce qui assure une rentabilité accrue et rapide du gazoduc. À cela s’ajoute le soutien continu des autorités algériennes, qui placent ce projet comme une priorité de leur politique énergétique et économique. Ces éléments font du gazoduc transsaharien un projet qui présente un degré de maturité bien plus avancé que celui du Maroc.

Économie Marché européen : l’Algérie veut ouvrir davantage la voie à ses produits

Le gazoduc transatlantique marocain, des promesses mais peu de réalisations

Le Maroc, quant à lui, poursuit la communication autour de son gazoduc transatlantique, un projet ambitieux censé relier le Nigeria à l’Europe via l’Afrique de l’Ouest. Cependant, plusieurs facteurs compliquent la concrétisation de ce projet. Tout d’abord, la décision finale d’investissement a été reportée, initialement prévue pour le second trimestre 2025, elle a été repoussée à début 2026. Ce délai montre les difficultés auxquelles fait face le Maroc pour réunir les financements nécessaires et obtenir les engagements des acteurs européens.

En outre, le gazoduc marocain doit traverser treize pays, ce qui pose des problèmes d’harmonisation juridique, politique et logistique. Chaque pays traversé dispose de régulations spécifiques, et certains d’entre eux rencontrent des tensions internes ou des défis géopolitiques. Ces défis compliquent la mise en œuvre du projet, ce qui n’échappe pas aux investisseurs internationaux. En l'absence de garanties solides sur le financement et d’un plan opérationnel clair, le projet transatlantique du Maroc reste un pari risqué.

L’Algérie sur la voie rapide, le Maroc dans l’impasse

À l’heure actuelle, l’écart entre les deux projets semble se creuser. Le gazoduc transsaharien, bien qu’encore en construction, bénéficie de bases solides : une feuille de route claire, des accords institutionnels qui assurent sa continuité et un réseau d’infrastructures déjà en place. En revanche, le projet marocain semble ralentir. Le manque de financements garantis, les incertitudes politiques et la complexité du tracé du gazoduc à travers plusieurs pays entravent le projet.

L’Algérie capitalise sur son expérience et son réseau de gazoducs existants, en parallèle d'une politique de coopération régionale avec ses voisins du Niger et du Nigeria. Ces atouts permettent à l’Algérie de proposer une solution plus stable et viable aux investisseurs, tandis que le Maroc doit encore surmonter de nombreux obstacles pour convaincre les partenaires européens de la faisabilité de son projet.

Économie Algérie : 23 milliards saisis dans une affaire de fraude fiscale et de blanchiment d'argent

La dimension géopolitique de la compétition énergétique

La guerre des gazoducs entre l’Algérie et le Maroc dépasse le cadre économique. Les deux pays s’affrontent également sur le terrain géopolitique. L’Algérie, avec son gazoduc transsaharien, renforce sa position sur la scène énergétique européenne, où la demande de diversification des approvisionnements en gaz est de plus en plus forte. Le projet algérien, avec son accès direct à l’Italie et l’Espagne, est donc particulièrement stratégique pour l’Europe, surtout dans le contexte actuel de transition énergétique.

En revanche, le gazoduc transatlantique marocain, bien qu’ambitieux, reste un projet difficile à mettre en œuvre en raison de la fragmentation des régulations dans les pays traversés et de l’incertitude qui entoure sa viabilité. Cette situation met le Maroc en position de retard face à son voisin algérien, dont le projet apparaît de plus en plus comme une alternative fiable pour les acheteurs européens.


Vous aimez cet article ? Partagez !