L’État algérien renforce le contrôle du marché automobile. Depuis le 1er mai, les notaires ne sont plus autorisés à établir ni authentifier les procurations spéciales permettant la revente de voitures neuves. Cette suspension, décidée par le ministère de la Justice, vise à enrayer une forme de spéculation devenue courante depuis la reprise partielle des importations.
La Chambre nationale des notaires, par la voix de son président Bougoufa Ramdan, a officialisé l’arrêt temporaire de la rédaction de procurations utilisées pour acheter ou revendre des véhicules neufs au nom de tiers. Ce type de document était régulièrement utilisé pour transférer la propriété d’un véhicule avant son immatriculation, facilitant ainsi sa revente immédiate avec une marge spéculative.
Les autorités constatent que ce mécanisme alimente un marché parallèle et contribue à la flambée des prix. Le ministère de la Justice a donc choisi d’impliquer directement le corps notarial dans la régulation des opérations commerciales jugées sensibles. L’objectif est de fermer un canal juridique qui permettait de contourner les obligations légales liées à la revente d’un véhicule acquis récemment.
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Une mesure conservatoire à portée immédiate
La mesure n’est pas définitive, mais elle s’applique sans délai sur l’ensemble du territoire. Les notaires sont invités à la maintenir jusqu’à l’instauration de nouveaux dispositifs de contrôle. Selon les indications fournies lors d’une journée d’étude dédiée à la conformité des actes notariaux, cette suspension s’inscrit dans une démarche plus large de lutte contre les flux financiers illicites et les pratiques commerciales frauduleuses.
En interrompant l’usage des procurations spéciales, les autorités espèrent stabiliser un marché automobile sous tension. Depuis plusieurs mois, la demande excède largement l’offre, ce qui favorise la spéculation, notamment sur les modèles récemment importés. Des marges de revente pouvant atteindre 30 à 50 % ont été observées, sans justification économique autre que la rareté organisée.
Des pratiques spéculatives désormais ciblées
Les véhicules concernés par la mesure sont exclusivement les voitures neuves importées ou produites localement. La suspension vise en particulier les acheteurs intermédiaires qui acquièrent des véhicules dans l’unique but de les revendre rapidement, sans mise en circulation, et avec une forte plus-value.
Des enquêtes ont récemment mis au jour plusieurs réseaux impliquant des agents agréés et des sociétés-écrans. Ces circuits de revente détournaient les règles de distribution et faisaient appel à des procurations notariées pour masquer la véritable nature des transactions. La suspension actuelle devrait compliquer ces montages et limiter la revente en cascade.
Vers un encadrement renforcé des opérations notariales
L’arrêt des procurations liées aux voitures neuves s’inscrit dans une volonté de repositionner le notaire comme acteur du contrôle économique. Le ministère de la Justice entend renforcer son rôle dans les chaînes de transactions à risque, en particulier dans les domaines exposés aux délits financiers. Le dispositif pourrait être étendu à d’autres segments de l’économie si les résultats sont jugés probants.
Les experts présents à la journée d’étude ont recommandé une mise à jour des formations professionnelles et une standardisation des pratiques à l’échelle nationale. L’intégration d’outils de traçabilité et de vérification préalable figure également parmi les pistes à l’étude pour fiabiliser les actes notariaux.
Une régulation qui s’inscrit dans une stratégie de long terme
La mesure touche à un levier essentiel de la spéculation sur les voitures neuves, et pourrait entraîner une stabilisation progressive des prix si elle est maintenue dans la durée. Elle intervient alors que le marché est en phase de réorganisation, avec la relance des importations, l’installation de nouveaux opérateurs industriels et la mise en œuvre d’un cahier des charges plus strict pour les concessionnaires.
En impliquant les notaires dans la surveillance du secteur, l’État introduit une barrière administrative efficace contre les reventes abusives. Cette stratégie vise à rétablir un équilibre entre l’offre réelle et la demande, dans un contexte où l’accès au véhicule reste limité pour une grande partie de la population.
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