Le gouvernement fédéral allemand prévoit de suspendre pendant deux ans le regroupement familial pour les personnes bénéficiant de la protection subsidiaire. Cette décision, portée par la coalition CDU/CSU-SPD, intervient dans un contexte de saturation des capacités d’accueil sur le territoire et de révision plus large de la politique migratoire allemande dans le cadre de l’espace Schengen.
Selon SchengenNews, l mesure envisagée concerne exclusivement les titulaires de la protection subsidiaire, un statut juridique distinct du statut de réfugié au sens de la Convention de Genève. Elle s’appliquerait notamment aux ressortissants syriens, qui représentent une part significative des bénéficiaires de ce régime.
Le projet vise à geler pendant deux ans l’accès au regroupement familial, c’est-à -dire la possibilité pour les membres de la famille proche (conjoint, enfants mineurs) de rejoindre un réfugié déjà installé en Allemagne. Selon les autorités, cette disposition vise à contenir les effets d’un afflux migratoire continu sur les infrastructures locales.
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Capacité d’intégration en tension
Le ministre fédéral de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, justifie cette mesure par la pression exercée sur les municipalités. Les structures scolaires, les logements sociaux et les services sociaux atteindraient un niveau de saturation qui ne permettrait plus d’accueillir de nouveaux membres familiaux dans des conditions dignes.
« Une politique migratoire responsable doit prendre en compte les capacités réelles d’intégration. Nous ne pouvons ignorer la situation des communes », a déclaré le ministre. Il ajoute que le maintien de l’équilibre social et économique passe par un encadrement strict des procédures de regroupementt familial.
Renforcement du contrôle aux frontières
Depuis le 6 mai 2025, l’Allemagne applique également des contrôles frontaliers renforcés, mesure qui s’inscrit dans une stratégie globale de maîtrise des flux migratoires. Ces contrôles, réintroduits en septembre 2024, concernent l’ensemble des frontières terrestres avec les pays voisins. Initialement temporaires, ils sont prolongés jusqu’au 15 septembre 2025.
Friedrich Merz, futur chancelier allemand, a rappelé que l’Allemagne n’est pas censée être le pays de destination initiale des demandeurs d’asile en vertu du règlement Dublin III. « Les demandes de protection doivent être déposées dans le premier pays de l’Union européenne où le demandeur entre. C’est rarement l’Allemagne », a-t-il précisé.
Des milliers de familles affectées
Cette suspension pourrait affecter des milliers de familles, principalement syriennes, dont les démarches de regroupement sont en cours. Des associations dénoncent une mesure qui risque d’accentuer la précarité et l’isolement des réfugiés. Le cas de Mohammed, réfugié syrien installé en Allemagne, illustre cette situation : père de famille séparé de ses proches, il évoque les difficultés quotidiennes d’élever seul ses enfants dans un pays qu’il découvre encore.
Des critiques émanent également d’acteurs politiques et institutionnels européens. Plusieurs ONG considèrent cette décision comme incompatible avec les principes de solidarité et de respect des droits fondamentaux promus par l’espace Schengen.
