Algérie : le scandale du trafic d'or et des 1100 milliards devant la justice

Un nouveau chapitre judiciaire s'ouvre dans l'affaire retentissante du trafic d'or et de blanchiment d'argent qui a secoué récemment l'Algérie. Près de 83 prévenus, dont des importateurs et grossistes en métaux précieux, comparaîtront prochainement devant la justice. Ce dossier complexe met en lumière les mécanismes d'une vaste fraude ayant porté préjudice aux finances publiques.

La chambre criminelle près la cour d'Alger a reporté au 18 juin l'audience concernant ce dossier sensible, rapporte le journal Echourouk. Les prévenus font face à des accusations particulièrement graves, notamment : participation à une organisation criminelle transnationale, blanchiment de capitaux, fraude fiscale, ainsi que falsification et usage de documents commerciaux et bancaires fictifs.

L'affaire a éclaté suite à un signalement en mai 2023, indiquant l'existence d'un commerce illégal de métaux précieux causant un préjudice économique considérable. Les enquêteurs ont reconstitué un schéma sophistiqué : des entreprises fictives de vente en gros de bijoux servaient de couverture à des transferts illicites de fonds. Ces opérations auraient causé un préjudice colossal à l'État, notamment via des factures falsifiées et des déclarations douanières frauduleuses.

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Un système de blanchiment sophistiqué

L'enquête a permis d'intercepter 135 kg d'or et 180 kg d'argent, ainsi que le gel de comptes bancaires détenant l'équivalent de 11 milliards de dinars (1100 milliards de centimes). Ces fonds, issus du commerce illégal, étaient recyclés via des investissements immobiliers et des importations fictives.

Selon l'acte d'accusation, le réseau opérait à travers plusieurs pays, profitant de complicités bancaires. Des employés de la Banque nationale d’Algérie (agence Zighoud Youcef) sont mis en cause pour avoir validé des transactions douteuses.

Cette nouvelle audience intervient après une première vague de condamnations prononcées le 15 janvier dernier par le pôle judiciaire économique et financier du tribunal de Sidi M'Hamed à Alger. Les peines avaient alors varié de de 1 à 20 ans de prison ferme, avec des amendes atteignant jusqu'à 314 millions de dinars (31,4 milliards de centimes) pour certains accusés.

Parmi les principaux condamnés figuraient K.S., gérant de la société "Oussama Bijoux", écopant de 12 ans de prison, et A.A., dirigeant de "Gold Company", condamné à 10 ans ferme. Le fugitif T.O. a quant à lui été frappé d'un mandat d'arrêt international accompagné d'une peine de 20 ans par contumace.

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Le rôle des intermédiaires et complices

L'enquête a mis en évidence le rôle joué par plusieurs intermédiaires, dont A.R., surnommé "le maestro", condamné à 8 ans de réclusion. Les juges ont également sanctionné des employés de banque et des commerçants impliqués dans ce vaste réseau, avec des peines allant de 18 mois à 5 ans d'emprisonnement.

Certaines sociétés écrans ont été lourdement amendées, à l'image de la société "Chahir" spécialisée dans l'import-export d'or, dont le gérant N.B. a écopé de 5 ans de prison. Le procès a toutefois connu quelques acquittements notables, notamment celui de R.B., dirigeant de la société "Cricolas", blanchi de toutes les accusations portées contre lui.

La prochaine audience du 18 juin s'annonce cruciale pour les 83 nouveaux prévenus, alors que l'État algérien entend récupérer les milliards détournés grâce à la confiscation des biens saisis. Ce nouveau round judiciaire devrait permettre d'éclaircir davantage les rouages de cette affaire aux ramifications internationales.


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