L’écart entre le taux de change officiel du dinar algérien et celui pratiqué sur le marché parallèle atteint un niveau préoccupant. L'euro s’échange à 263 dinars dans les circuits informels, contre environ 152 dinars au taux officiel. Soit un différentiel supérieur à 73 %, qui perturbe les échanges commerciaux, incite à la spéculation et affaiblit l'efficacité des instruments de politique monétaire.
Cette situation traduit un déséquilibre structurel dans le fonctionnement du système économique algérien. Les réponses jusque-là apportées restent limitées dans leur portée, alors que les racines du problème sont bien identifiées. Dans une contribution publiée sur La Nouvelle République, Abderrahmane Mebtoul, professeur des Universités et Expert international apporte des solutions à cette problématique.
Une divergence historique aggravée
Depuis le début des années 1990, le taux de change du dinar est progressivement passé d’un régime administré à une cotation encadrée par la Banque d’Algérie. Cette évolution a accentué la divergence entre les cours officiels et ceux du marché informel. Entre 2000 et 2025, le dinar a perdu près de 50 % de sa valeur face à l’euro en données officielles. Mais dans les faits, la dépréciation réelle est plus marquée, du fait de la forte demande de devises sur le marché parallèle.
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Les causes sont multiples : déficit structurel de la balance commerciale, offre de devises insuffisante, plafonnement strict des allocations en devises, et absence de canaux officiels fluides pour satisfaire la demande. L’inexistence opérationnelle des bureaux de change, bien que prévus depuis 1995, a accentué le recours au marché informel.
L’informel, vecteur principal du déséquilibre
Le professeur Mebtoul explique que la sphère informelle en Algérie représente environ un tiers de la masse monétaire hors banques. En 2023, la circulation fiduciaire en dehors du système bancaire a atteint 8 300 milliards de dinars, soit près de 60 milliards de dollars. Cette masse alimente directement le marché noir des devises, devenu un point d’ancrage pour une partie significative des transactions économiques.
Cette économie parallèle est alimentée par plusieurs circuits : importations non déclarées, transferts non bancarisés, paiements de services en espèces et absence de traçabilité sur les flux commerciaux. Les entreprises comme les particuliers se tournent vers le marché parallèle, faute d’accès réglementé aux devises nécessaires à leurs opérations.
Des mesures correctives lentes à déployer
Selon l'expert international, plusieurs leviers existent pour réduire l’écart entre le taux de change officiel et le taux parallèle. Parmi eux, la mise en place effective des bureaux de change permettrait de canaliser la demande de devises et de réduire le poids du marché noir. Une réforme fiscale plus large, accompagnée de la numérisation des transactions, contribuerait à intégrer les activités informelles dans le circuit économique formel. Le lancement du dinar numérique, projet porté par la Banque d’Algérie, pourrait également offrir une meilleure traçabilité des flux monétaires et réduire la circulation de l’argent liquide.
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L’introduction de cette version numérique du dinar est annoncée comme un outil de régulation, mais son cadre opérationnel et réglementaire n’est pas encore défini. Quant aux bureaux de change, plus de 40 ont été agréés selon les autorités, sans qu’aucun ne soit actif à ce jour. La révision des allocations en devises figure également parmi les ajustements envisageables, ces montants restant largement insuffisants pour couvrir les besoins des ménages et des entreprises.
Une réponse productive indispensable
À long terme, la réduction de l’écart passe par une transformation structurelle de l’économie. Aujourd’hui, plus de 85 % des exportations sont liées aux hydrocarbures, tandis que les exportations hors énergie ne dépassent pas 6,9 milliards de dollars en 2022, avec une baisse continue depuis. Les produits à forte valeur ajoutée représentent moins de 15 % de ce total.
La dépréciation du dinar n’a pas eu d’effet de relance sur les exportations non pétrolières. Cela s’explique par le faible niveau de diversification industrielle, un climat des affaires contraignant et une fiscalité peu incitative pour les petites et moyennes entreprises. Le secteur industriel représente moins de 5 % du produit intérieur brut.
Un taux de change stable et crédible ne peut s’obtenir sans un environnement productif performant, capable de générer des entrées régulières de devises hors hydrocarbures. Cela suppose aussi un pilotage macroéconomique rigoureux et une gouvernance économique cohérente.
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