L’Algérie prévoit de lancer en 2026 son premier programme d’émission de sukuk souverains, avec un montant cible d’environ 2,3 milliards de dollars. Cette opération, confirmée par des documents parlementaires et des déclarations officielles, marque la première émission de ce type dans le pays. Selon le rapport publié par Bloomberg le 3 décembre 2025, le lancement est prévu au début de l’année prochaine, après un retard par rapport à la date initiale de novembre 2025.
La valeur de l’émission est estimée à 297 milliards de dinars, soit environ 2,3 milliards de dollars, avec un terme de sept ans. Les sukuk seront structurés selon le modèle d’Ijara, un type de contrat conforme à la finance islamique, offrant un rendement annuel fixe de 6 % aux détenteurs. Ces instruments financiers seront adossés à des actifs immobiliers publics, conformément aux informations reprises dans le document parlementaire présenté par la Commission des finances de la Chambre des représentants.
Le choix des actifs immobiliers publics sert à fournir une garantie tangible aux investisseurs. Les sukuk permettent ainsi aux détenteurs de percevoir un droit sur les revenus générés par ces actifs, ce qui différencie ce mécanisme d’une simple obligation d’État non adossée à des actifs.
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Cible et modalités d’accès
Le programme d’émission est destiné exclusivement aux citoyens algériens résidant dans le pays et aux membres de la diaspora algérienne à l’étranger. L’accès aux investisseurs étrangers n’est pas prévu dans cette première émission. Cette approche vise à mobiliser l’épargne nationale, estimée à environ 77,2 milliards de dollars, qui se trouve en dehors du système bancaire formel.
Selon le rapport parlementaire, le gouvernement cherche à sécuriser ces fonds en proposant une option de placement compatible avec la loi islamique, tout en garantissant un niveau de sécurité grâce à l’appui des actifs publics. Le choix de limiter l’émission aux citoyens et à la diaspora réduit également le risque de sorties rapides de capitaux en cas de tensions financières ou politiques.
Contexte financier et budgétaire
Le projet de loi de finances 2026 prévoit une augmentation des dépenses de 5 %, portant le total à environ 17,69 trillions de dinars. Le Banque d’Algérie, dans son rapport annuel, a identifié un risque lié au ralentissement des revenus pétroliers et gaziers et aux fluctuations du marché mondial. Le déficit budgétaire enregistré en 2024 s’élève à 13,9 % du produit intérieur brut. Les projections indiquent que la dette publique pourrait dépasser 60 % du PIB en 2026 si les tendances actuelles de dépense persistent.
Les sukuk sont intégrés dans une série d’instruments financiers visant à répondre à ces besoins de financement. Ils permettent de répartir le financement sur une période plus longue, tout en conservant une structure basée sur des actifs tangibles. Cette approche complète les mesures budgétaires sans recourir immédiatement à des ajustements directs des dépenses ou des subventions.
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Impact sur la finance islamique et le marché national
L’émission de ces sukuk intervient dans un contexte de croissance progressive de la finance islamique en Algérie. Les dépôts et services bancaires conformes à la charia ont connu une augmentation ces dernières années, avec l’entrée de nouvelles banques et l’expansion des réseaux de distribution. Le programme lie pour la première fois de manière directe la finance islamique au financement public, alors que précédemment ce secteur servait principalement le financement des particuliers et des entreprises.
Les actifs immobiliers soutenant les sukuk pourraient être associés à des projets d’infrastructure ou de production ayant un impact social ou économique. La structuration de l’instrument permet de respecter les critères financiers islamiques tout en assurant un rendement fixe pour les investisseurs.
