L’Université de Strasbourg applique de manière stricte le dispositif « Bienvenue en France », qui prévoit une augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers hors Union Européenne. Le montant pour un master atteint cette année 3 941 euros. Les étudiants ne pouvant pas payer ces frais se voient désinscrits des listes d’examen et voient leur carte étudiante désactivée.
Le dispositif « Bienvenue en France » a été voté au Conseil d’Administration de l’Université de Strasbourg en 2023, pour une application l’année suivante. En 2024, l’université avait mis en place des exonérations partielles ou totales et s’était engagée à rembourser certaines sommes déjà payées par les étudiants. En 2025, la présidence de l’université a décidé d’appliquer le dispositif de manière plus stricte, sans prolonger les exonérations automatiques.
Plus de 150 étudiants étrangers ont reçu des mails de l’administration les informant de leur retrait des listes d’examen et de la désactivation de leur carte étudiante pour défaut de paiement. Une date limite de paiement des frais d’inscription a été fixée au 10 décembre 2025, avec des relances envoyées seulement dix jours avant. Certains étudiants ont été désinscrits avant même cette date.
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Refus d’exonération
Andrea, arrivée à l’Université de Strasbourg pour fuir l’enseignement privé coûteux, n’a jamais eu accès à un certificat de scolarité ni à une carte étudiante. Elle a été notifiée de son exclusion des listes d’examen. Elle explique : « Mentalement, c’est très lourd, je ne comprends pas pourquoi je n’ai pas accès à mon certificat de scolarité. C’est la galère pour trouver un job étudiant, tu n’as pas de famille pour t’aider, payer le loyer c’est difficile, et même l’accès au CROUS pour se restaurer ils l’ont coupé ».
Catarina décrit les changements fréquents dans le montant à payer : « On devait être dispensés de payer, et une semaine plus tard les règles avaient changé. Je devais payer 2 400 euros et j’ai reçu un mail qui me demandait en fait 4 000 euros. On voit que personne n’a cet argent, tout le monde a besoin de l’exonération et on comprend pas pourquoi la fac refuse certaines demandes et sur quels critères ».
Anna, arrivée l’an dernier, raconte : « Je travaillais pour payer mon loyer, l’alimentation, mais quand j’ai découvert que je devais payer la fac en plus je me suis dit qu’il fallait abandonner. Je peux pas avoir un job étudiant qui ne paye pas beaucoup et payer ça. J’ai pris un deuxième travail pour essayer de payer mais j’étais à bout ».
D’autres étudiants ont reçu des refus d’exonération accompagnés d’ultimatums pour payer les 4 000 euros sous quatre jours, avec des menaces de désinscription. Certains ont dû verser une partie de la somme sous pression et se retrouvent sans ressources pour se loger ou se nourrir.
Conséquences administratives et financières
Le dispositif affecte également le renouvellement des titres de séjour. Andrea n’a pas obtenu de certificat de scolarité, ce qui compromet le renouvellement de son titre. Alix, une autre étudiante, n’a pas pu obtenir un statut de réfugié à la préfecture, entraînant un refus d’exonération des frais et l’absence de convocation aux examens. Le projet de budget du gouvernement Lecornu prévoit en plus la suppression des APL pour les étudiants étrangers, l’augmentation des frais de visas et le doublement de la taxe pour les demandes de titres de séjour.
L’Université de Strasbourg était en déficit à la fin de 2024. Elle a annoncé un déficit de quatre millions d’euros pour 2025 et prévoit de réduire de 5 % son offre de formation et de multiplier les partenariats privés, comme celui avec Total. L’université fait partie des établissements pionniers dans l’application des frais différenciés pour les étudiants étrangers.
