Un important réseau de trafic de documents d'identité, destiné à faciliter l'émigration clandestine des « harraga », a été démantelé par les autorités algériennes. Cette organisation criminelle était spécialisée dans la falsification de passeports étrangers pour les candidats au passage illégal des frontières.
La juge de la cour criminelle du tribunal d'Annaba a reporté, ce lundi 22 décembre 2025, l'examen d'un dossier impliquant un réseau international de falsification de sceaux officiels et de trafic de migrants. Selon le quotidien El Khabar, ce report fait suite à la grève de la faim entamée depuis dix jours par l'accusé principal au sein de l'établissement pénitentiaire, et poursuivie lors de l'audience même.
La magistrate a refusé de renvoyer les débats à la session criminelle de l'année suivante. Sur requête de la défense, elle a néanmoins ordonné un report à la semaine suivante, compte tenu de l'état de santé jugé préoccupant de l'accusé principal lors de sa comparution.
Les charges et le fonctionnement du réseau criminel
Les prévenus de cette affaire font face à des accusations criminelles incluant la contrefaçon et l'usage de sceaux de l'État, le trafic de migrants au sein d'un groupe criminel organisé, ainsi que la falsification et l'usage de documents administratifs publics contrefaits. Le représentant du ministère public s'est opposé à un report à l'année suivante, invoquant la nature sensible du dossier lié à une activité criminelle transnationale.
Les investigations ont débuté le 7 septembre 2020 sur la base d'informations confirmant l'existence d'un réseau fournissant, contre des sommes importantes en dinars et en devises, des passeports étrangers et des titres de séjour à des citoyens algériens souhaitant migrer illégalement vers l'Europe. Le suspect principal, résidant dans la wilaya d'Annaba, a été interpellé le 1ᵉʳ septembre 2020, alors qu'il se trouvait seul au volant de son véhicule en centre-ville.
Les saisies opérées lors de l'interpellation
Lors de son interpellation, une somme de 72 700 dinars algériens et de 10 dinars tunisiens a été découverte en sa possession. La perquisition de son véhicule a permis de saisir un sac noir contenant six sceaux officiels. Ces sceaux étaient attribués à différents postes frontaliers : la police des frontières terrestres d'Oum Tboul (pour l'entrée), l'aéroport Houari Boumediene (entrée), la police des frontières aériennes de l'aéroport Ahmed Ben Bella (entrée), ainsi que la police des frontières terrestres tunisienne (entrée et sortie) et celle du Maroc (sortie).
Les forces de l'ordre ont également saisi trois passeports français au nom de citoyens français, une carte d'identité française et trois permis de conduire français, dont un dépourvu de photographie. Du matériel utilisé pour la falsification a aussi été découvert.
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Les connexions internationales et la méthode du réseau
Lors de son audition par la police judiciaire, l'accusé principal a nié être le propriétaire des objets saisis. Il a également affirmé n'entretenir aucun lien avec les autres individus mis en cause dans l'affaire. Cependant, les investigations numériques menées sur les téléphones des suspects ont contredit ses déclarations. Elles ont établi qu'il supervisait le passage de personnes de l'Algérie vers l'Europe via la Tunisie, en coordination avec un complice utilisant le pseudonyme "Fares Echebka".
L'accusé a reconnu avoir échangé sur WhatsApp des photos de passeports et de titres de séjour étrangers avec de nombreux contacts, dans le but de faciliter l'obtention de documents falsifiés. Il a notamment procuré à son fils un passeport français contrefait, acquis pour 750 000 dinars, lui permettant de franchir illégalement la frontière algéro-tunisienne via les passages forestiers d'Oum Tboul fin août 2020, puis de rejoindre l'Espagne via l'aéroport de Tunis Carthage.
Des preuves photographiques ont confirmé cet itinéraire. L'accusé a également justifié la présence dans son véhicule d'un passeport français délivré par le consulat de France à Londres, en déclarant qu'il appartenait à une personne qu'il avait un jour transportée dans la wilaya d'Annaba.
