Importation en Algérie : un vaste réseau de corruption démantelé par la justice

Une enquête judiciaire menée en Algérie a mis au jour un système organisé de manipulation des licences d’importation au sein de l’administration. Les investigations ont révélé l’implication de fonctionnaires et d’opérateurs économiques dans un mécanisme reposant sur des interventions illégales et des avantages financiers, dans un dossier désormais connu sous l’appellation de « l’affaire de la fraude à l’importation ».

Les faits remontent au 8 septembre 2025, date à laquelle la brigade de recherche et d’investigation de la Gendarmerie nationale a reçu un signalement détaillé faisant état de pratiques suspectes au sein du ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations. Le rapport évoquait l’existence d’un réseau structuré impliqué dans la manipulation des demandes d’importation via la plateforme numérique du ministère.

Le dossier a été transmis au procureur de la République près le tribunal de Dar El Beïda, qui a ordonné l’ouverture d’une enquête judiciaire et l’audition du lanceur d’alerte en qualité de témoin. Celui-ci a remis aux enquêteurs le téléphone portable de la principale suspecte, équipé de deux cartes SIM distinctes, affirmant qu’il contenait des échanges liés à des interventions en faveur de certains importateurs.

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Le rôle central d’une fonctionnaire et le mode opératoire

Les investigations ont conduit à l’interpellation d’une fonctionnaire occupant un poste au sein du ministère du Commerce extérieur, soupçonnée d’avoir exploité son influence professionnelle pour faciliter l’obtention de licences d’importation. Selon les éléments de l’enquête, elle intervenait sur les tableaux prévisionnels d’importation, permettant à certains opérateurs économiques d’obtenir des autorisations sans remplir les conditions requises.

Lors de son audition, la suspecte a reconnu avoir facilité entre 30 et 40 dossiers depuis le lancement de la plateforme numérique du ministère, le 8 juillet 2025. Elle a toutefois affirmé que ces interventions relevaient de simples médiations entre collègues et connaissances, sans contrepartie financière. Elle a indiqué recevoir les documents via l’application WhatsApp, les imprimer, puis les transmettre aux services concernés pour validation et signature par le directeur des importations.

Des commissions pouvant atteindre 25 millions de centimes

Les expertises techniques réalisées sur les téléphones saisis ont mis en évidence des échanges contredisant cette version. Un autre suspect, identifié comme R. M., agent au bureau d’accueil, a reconnu avoir servi d’intermédiaire entre la fonctionnaire et des opérateurs économiques. Il a déclaré que chaque intervention était facturée 25 millions de centimes, montant négocié parfois à 20 millions de centimes selon le nombre de dossiers concernés.

Les enquêteurs ont établi que plusieurs entreprises étaient impliquées, dont des sociétés basées à Oran, Bejaïa et Aïn Temouchent, ainsi qu’un opérateur économique exerçant dans la production de fromage à Koléa. Les preuves techniques font état de l’envoi de cinq tableaux prévisionnels via WhatsApp, relatifs à des sociétés identifiées par leurs initiales, toutes engagées dans l’importation de matières premières.

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Arrestations, mises en détention et poursuites judiciaires

L’enquête a également révélé l’acquisition par la principale suspecte d’un appartement situé dans le quartier du 1er Mai à Alger, pour un montant de 1,9 milliard de centimes, élément corroboré par un enregistrement audio et vidéo d’une durée de 1 minute et 16 secondes. Les investigations ont par ailleurs mis en cause un ancien cadre chargé de la gestion des importations, accusé d’avoir facilité l’obtention d’une carte SIM non enregistrée et d’avoir signé des documents litigieux.

Le 22 octobre 2025, le juge d’instruction près le tribunal de Dar El Beïda a ordonné la mise en détention provisoire de 17 commerçants et 5 fonctionnaires, dont plusieurs agents centraux du ministère. Les personnes poursuivies sont visées par des chefs d’accusation incluant abus de fonction, exploitation d’influence et demande ou acceptation d’avantages indus. L’enquête judiciaire se poursuit afin d’identifier l’ensemble des responsabilités et d’évaluer l’ampleur financière du préjudice.


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