L’Espagne veut régulariser les sans-papiers pour sauver ses villages désertés

L’Espagne fait un pari que peu de pays européens osent assumer aussi clairement. Au lieu de parler seulement de frontières, d’expulsions ou de contrôles, Madrid regarde une autre réalité en face : des villages se vident, des écoles ferment, des commerces disparaissent, des usines locales manquent de bras. Et dans ce pays qui vieillit vite, le gouvernement de Pedro Sánchez voit dans l’immigration une partie de la réponse.

L’idée peut surprendre, surtout dans une Europe où le débat migratoire se durcit presque partout. Mais en Espagne, la question est devenue très concrète. Qui va travailler dans les champs ? Qui va reprendre les petits commerces ? Qui va remplir les classes ? Qui va faire vivre les communes rurales où il ne reste parfois que des personnes âgées ?

Le gouvernement espagnol a déjà annoncé une vaste réforme pour régulariser environ 300 000 migrants sans papiers par an pendant trois ans. L’objectif affiché est de répondre au manque de main-d’œuvre et de soutenir un pays confronté au vieillissement de sa population. La ministre espagnole de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, Elma Saiz, a défendu cette orientation comme un moyen de donner des droits à des personnes déjà présentes dans le pays et de les faire entrer dans l’économie légale.

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Inciter les régularisés à s'installer dans les villages

Mais Madrid veut aller plus loin. Selon le Financial Times, l’Espagne cherche aussi à encourager l’installation d’immigrés dans les zones rurales les plus touchées par le dépeuplement. Le journal souligne un écart parlant : les personnes nées à l’étranger représentent près de 20 % de la population espagnole, mais seulement 8,9 % dans les zones rurales. Autrement dit, l’immigration existe déjà en Espagne, mais elle se concentre surtout dans les grandes villes.

C’est là que le sujet devient intéressant. L’Espagne ne veut pas envoyer des sans-papiers dans les villages comme on remplirait des cases sur une carte. Francesc Boya, responsable de la politique démographique, insiste sur une logique d’incitation, pas de déplacement forcé. Le but est d’aider ceux qui veulent s’installer dans ces territoires à trouver un logement, un travail, une école pour leurs enfants et un minimum d’accompagnement administratif.

Dans certains villages, ce n’est déjà plus une théorie. Des communes rurales survivent grâce à des travailleurs venus du Sénégal, de Gambie, de Colombie ou d’ailleurs. À Villagatón, une petite commune citée par le Financial Times, une usine locale emploie une main-d’œuvre largement immigrée. Sans ces salariés, l’activité serait plus fragile. Et quand une usine tient, ce ne sont pas seulement des emplois qui restent : c’est aussi un bar qui garde des clients, une école qui peut encore accueillir des enfants, une mairie qui continue à justifier des services.

L’extrême droite monte au créneau

Le raisonnement espagnol est simple : un village ne meurt pas d’un seul coup. Il perd d’abord ses jeunes. Puis son école. Puis son médecin. Puis son dernier commerce. Ensuite, il devient un décor. Madrid veut éviter ce scénario dans les régions rurales de l’intérieur, là où la baisse de la natalité et les départs vers les villes ont laissé des territoires entiers en manque d’habitants.

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Cette politique ne fera pas disparaître les tensions autour de l’immigration. L’extrême droite espagnole, notamment Vox, dénonce déjà cette approche. Une partie de l’opinion publique s’inquiète aussi de l’arrivée de nouveaux migrants, surtout dans les zones où les services publics sont déjà fragiles. Mais le gouvernement espagnol assume une ligne différente : sans immigration, le pays manquera de travailleurs, de cotisants et d’habitants dans de nombreuses communes.

 


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