Des travailleurs marocains pensaient avoir trouvé une voie légale pour partir travailler en Italie. À la clé : un emploi, les documents nécessaires à leur entrée dans le pays et, à terme, un titre de séjour. Mais selon l’enquête menée à Grosseto, en Toscane, certains auraient versé jusqu’à 10 000 euros chacun avant de découvrir, une fois arrivés, que les emplois promis n’existaient pas.
L’affaire a conduit au placement en détention provisoire d’un entrepreneur italien et de son épouse, une ressortissante marocaine. Ils sont soupçonnés de favoriser l’immigration clandestine de manière aggravée en détournant le dispositif légal italien du « Decreto Flussi », qui organise l’entrée de travailleurs étrangers en fonction de quotas.
10 000 euros contre la promesse d’un travail en Italie
L’enquête a débuté après plusieurs plaintes déposées en 2024. Le média italien Il Tirreno précise que certaines provenaient de citoyens marocains et que le recrutement aurait été organisé directement au Maroc. Les candidats devaient verser 100 000 dirhams, soit environ 10 000 euros, pour obtenir une promesse d’embauche et les démarches nécessaires à leur départ.
Selon les enquêteurs, les travailleurs recevaient effectivement des documents leur permettant d’entrer en Italie. Le problème apparaissait une fois sur place. En effet, les emplois annoncés dans les entreprises liées aux suspects auraient été fictifs. Sans travail ni revenus, les migrants se retrouvaient alors dans des logements proposés par le même réseau, contre environ 250 euros par mois et par personne.
Jusqu’à 1 000 euros supplémentaires pour rester
La situation pouvait encore se compliquer à l’approche de l’expiration des documents de séjour. D’après les éléments de l’enquête, jusqu’à 1 000 euros supplémentaires auraient été réclamés à certains travailleurs pour obtenir de fausses fiches de paie destinées à donner l’apparence d’une activité professionnelle et tenter de maintenir leur situation administrative. Certains auraient alors été contraints d’accepter de petits emplois non déclarés pour vivre et payer les sommes demandées.
Les enquêteurs disent également avoir découvert une véritable comptabilité parallèle : noms de travailleurs, acomptes, soldes en euros et en monnaie marocaine, ainsi que plusieurs contrats de fourniture de main-d’œuvre.
L’un de ces contrats représentait près de 500 000 euros. Or certaines entreprises mentionnées dans ces documents auraient ignoré leur existence, tandis que d’autres avaient cessé leur activité, étaient en faillite ou étaient enregistrées au nom de personnes décédées.
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31 entrées et 22 visas dans le viseur des enquêteurs
Au total, les investigations attribuent au système 31 entrées illégales en Italie et 22 visas d’entrée irréguliers. Les sommes auraient été encaissées aussi bien au Maroc qu’en Italie. Le juge a ordonné le placement en détention provisoire du couple en évoquant notamment un risque de récidive et d’altération des preuves. Des témoins potentiels auraient également subi des pressions, selon les enquêteurs.
L’affaire illustre surtout les risques liés aux intermédiaires qui promettent contre de fortes sommes un emploi, un visa et un séjour régulier en Europe. Dans ce dossier, plusieurs candidats pensaient emprunter une voie légale vers le travail en Italie ; ils se seraient finalement retrouvés sans l’emploi pour lequel ils avaient payé.
