Le PDG de l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP) Larbi Ounoughi a révélé que l'agence a subi des pertes colossales, et des détournements énormes d'argent par le passé. Larbi Ounoughi s'est exprimé dans une interview accordée au journaux El Watan et El Khabar parus ce jeudi 6 août sur la situation catastrophique dans laquelle se trouve l'agence.

Le PDG de l'ANEP a affirmé que l'entreprise « a fait l’objet de monopole par des groupes d’influence au pouvoir qui ont fait main basse sur l’ANEP ». Il ajoute que « les services de l’ANEP étaient tellement dans une anarchie indescriptible qu’il est difficile de savoir ce qui s’y est passé ». Larbi Ounoughi déclare : « Quand on a analysé la situation, on a trouvé que l’ANEP pouvait être tout sauf une entreprise ». Il affirme que « c’est la gestion politique qui l’a mise dans cet état, elle ressemble beaucoup plus à une association caritative qu’à une entreprise économique et commerciale soumise aux règles et aux normes du marché ».

Faisant le constat sur la gestion antécédente de l'entreprise, le PDG indique que « l’ANEP a fait l’objet de monopole par des groupes d’influence au pouvoir qui ont fait main basse sur l’ANEP. Ils en ont fait ce qu’ils voulaient ». « Nous avons hérité d’une situation catastrophique avec de profonds dysfonctionnements de gestion. L’ANEP est un géant aux pieds d’argile », avoue Larbi Ouanoughi en annonçant au passage une très mauvaise nouvelle. « Les caisses de l’ANEP sont vides » assène-t-il. Il explique que « le cumul de la mauvaise gestion a fait que l’argent de l’agence n’est pas dans ses caisses, il est à l’extérieur».

Des sommes colossales pour soigner l'image des dirigeants algériens

Le PDG de l'ANEP a aussi révélé que plus de 400 milliards ont été distribués sur des journaux. Il affirme que des enquêtes sont en cours pour situer les responsabilités de ceux qui ont distribué de l'argent pour des journaux dont le tirage ne dépasse pas les 2000 exemplaires.

Le patron de l'ANEP affirme que le dossier le plus épineux reste celui de la manne financière distribuée sur des journaux étrangers pour soigner l'image des anciens responsables du pays. Il indique que ces campagnes publicitaires ont été financées en toute légalité en transférant des sommes en devises à l’étranger. Le PDG de l'ANEP a nommé les journaux qui ont bénéficié de cet argent. Il s'agit du journal Le Monde, Jeune Afrique, Afrique Asie ainsi que la chaîne de télévision Euronews dont l’Algérie est actionnaire.

Chiffres hallucinants

Le PDG de l'ANEP appuie ses déclarations par des chiffres hallucinants. Il révèle que les créances de l’ANEP s’élèvent à plus de 4 300 milliards de centimes. « La plupart des responsables qui ont défilé à la tête de l’ANEP n’ont travaillé que pour leur compte, leur clique et ceux qui les ont placés. C’est clair, net et précis » accuse t-il.

Cette situation est due, selon Larbi Ounoughi, à «une transgression grave des lois, d’un recrutement qui n’obéit à aucun critère de compétence et de rendement».

Plusieurs services enquêtent

Afin de sanctionner les coupables de cette gestion où les passe-droits, les pots-de-vin ainsi que les détournements d'argent public sont avérés, Larbi Ounoughi affirme que « plusieurs services enquêtent depuis plus deux mois sur les malversations qui s’y sont déroulées : les services de la Gendarmerie nationale et l’Inspection générale des finances ». Il ajoute que les nouveaux gestionnaires « ont mis en place une commission d’enquête, un audit interne mené par des enfants de l’entreprise appuyés par des experts extérieurs». Il révèle que «près de 5 000 autres milliards sont définitivement perdus parce que ce sont des créances anciennes ».

Par ailleurs, en ce qui concerne les journaux qui ont bénéficié de la manne publicitaire, le patron de l'ANEP révèle que "40 journaux sortaient sous des prête-noms". Ces derniers bénéficiaient de l'argent de l'ANEP pour leur "allégeance aux directeurs, aux ministres et autres ».

Il faut signaler que jusqu'à présent, l'ANEP gère la manne publicitaire étatique en Algérie. Plusieurs journaux et sites électroniques ne bénéficient pas de cette dernière étant donné qu'ils ne prêtent pas allégeance au pouvoir en place. La presse continue donc de subir le chantage financier. Les médias notamment électroniques font toujours l'objet de censure et de pression, contrairement au discours officiel .

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