Le ministre israélien de la Défense Benny Gantz s'est rendu dans la soirée du mardi 23 novembre au Maroc pour une visite qui sort de l'ordinaire, dans la mesure où c'est sa seconde sortie du territoire israélien après celle effectuée aux États-Unis. Cette visite vise-t-elle l'Algérie qui a rompu ses relations avec son voisin marocain ? Beaucoup le pensent, et pas uniquement les Algériens.

À l'occasion de cette visite de deux jours, des accords militaires seront signés entre le Maroc et Israël. D'ailleurs, le ministre insiste dans ses sorties publiques qui ont précédé son voyage vers Rabat sur l'importance du succès de cette visite. Pour lui, c'est « un voyage important qui a une touche historique, car il s'agit de la première visite formelle d'un ministre de la Défense dans ce pays ».

Aussi, des médias israéliens abordent tous cette nouvelle étape dans les relations israélo-marocaines, normalisées en décembre 2020, selon l'accord d'Abraham signé par le Maroc, Israël, les USA, les Émirats arabes unis et le Soudan. Cet accord demande la normalisation des relations du Maroc avec Israël et la reconnaissance des États-Unis (à l'époque de Donald Trump) de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

Les mêmes médias évoquent la conclusion d'un important accord d'entente sécuritaire entre Israël et le Maroc. Un accord qui pourrait inclure des exercices militaires communs et une coordination sécuritaire entre les deux pays. Des indiscrétions ont même fait état d'une future acquisition par le Maroc du fameux système de défense anti-missile israélien "Dôme de fer". En somme, il y a une volonté chez les responsables du Makhzen de renforcer la sécurité du Maroc en se basant sur l'accord qui sera signé avec leurs homologues israéliens.

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Contre qui le Maroc cherche-t-il à se protéger ?

Mais il s'agit de renforcer sa sécurité contre qui ? Si certains (souvent des Marocains et des Israéliens) avancent l'idée marocaine de se protéger contre le Polisario (Sahara occidental), beaucoup pensent plutôt que les éventuels accords militaires entre la monarchie de Mohammed VI et l'entité sioniste visent clairement l'Algérie qui n'entretient plus de relations avec son voisin de l'Ouest depuis le mois d'août.

Et ceux qui considèrent que l'Algérie est visée par un prochain accord militaire israélo-marocain ne sont pas tous des Algériens ou des partisans de l'Algérie dans ce conflit. Un responsable de la communauté juive de Casablanca ne le cache même pas. En effet, pour Albert Dahan, qui commente la visite de Benny Gantz, le Maroc sera plus sécurisé, en évoquant un pays qui souffre de problèmes avec ses voisins.

De son côté, le penseur et écrivain juif marocain Jacob Cohen le dit avec clarté dans un entretien avec un média algérien. « L’accord militaire entre le Maroc et Tel-Aviv ne fait plus de doute. Je dirais même que c’est une alliance stratégique fondamentale. Et cette alliance devrait être vue par la monarchie marocaine comme l’élément décisif qui lui assurera une place prépondérante dans la région. C’est donc l’Algérie qui est visée en premier lieu. Le Maroc ne cherche pas l’apaisement, ou alors à la manière de son nouvel allié sioniste : c’est-à-dire dans un rapport de force », a en effet expliqué Jacob Cohen.