La commission de la défense et des forces armées de l'Assemblée nationale française a rendu public un rapport sur la situation politique et militaire des pays de la méditerranée. Ce rapport s'est intéressé particulièrement aux pays de l'Afrique, notamment l’Algérie, la Tunisie et le Maroc. Il a également fait une analyse du conflit qui oppose l’Algérie au Maroc. Le rapport affirme qu'« en dépit de cette crise diplomatique, les rapporteurs partagent cependant l’avis de plusieurs personnes auditionnées, selon lequel le risque d’une transformation des hostilités au Sahara occidental en un conflit conventionnel entre acteurs étatiques apparaît limité à ce stade ».

L’Algérie face à l'instabilité politique

Ainsi, selon ce rapport l’Algérie fait face à une instabilité politique. « Cette instabilité politique s’est couplée à une situation économique dégradée, en raison de la pandémie, mais également de la baisse des cours du pétrole depuis 2014. Cette dernière a notamment entraîné l’épuisement en février 2017 du fonds de régulation des recettes chargé de la gestion des excédents budgétaires liés aux exportations d’hydrocarbure, comme l’ont souligné Mme Dorothée Schmid et M. Elie Tenenbaum, chercheurs à l’Institut français des relations internationales (IFRI). Une telle situation est de nature à réduire les marges de manœuvre du régime pour soutenir financièrement la population en cas de nouvelles crises sociales », peut-on lire dans ce rapport.

Les rapporteurs de la commission ont cependant souligné que l’Algérie a vaincu le terrorisme : « sur le plan sécuritaire, la présence d’AQMI en Algérie a été fortement réduite, notamment à la suite d’un raid des forces algériennes conduit dans le Jelel en décembre 2020, qui a neutralisé l’état-major itinérant de l’organisation ». Le Rapport souligne par contre que « l’Algérie est cependant préoccupée par l’évolution de la situation au Sahel et la crainte de se voir constituer "un grand Azawad" à ses frontières ».

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La Tunisie face au risque de décomposition politique

Concernant la Tunisie, le rapport signale que « dix ans après le soulèvement du peuple tunisien ayant conduit, en 2011, à la chute du dictateur Zine el-Abidine Ben Ali, à la tête du pays depuis 1987, la situation politique demeure cependant très précaire. Dans un contexte de paralysie des institutions politiques, le président Kaïs Saïed a décidé en juillet 2021 d’invoquer l’état d’exception, de suspendre l’Assemblée des Représentants du peuple et de limoger le chef du gouvernement. Ce coup de force institutionnel a provoqué une crise politique majeure avec le parti islamiste Ennahdha, première force politique du pays. L’arrestation en janvier 2022 d’un des leaders du parti islamiste pour "soupçons de terrorisme" fait craindre une radicalisation du conflit politique ».

Les rapporteurs de la commission indiquent que « cette paralysie politique se double d’une crise financière, qui se caractérise par l’incapacité des autorités tunisiennes à finaliser son budget 2022 sans un soutien du Fonds monétaire international (FMI). Cette crise financière intervient dans un contexte de forte crise économique, près de 20 % de la population se trouvant au chômage, ce taux dépassant 40 % parmi les jeunes de 15 à 24 ans. Les tensions sociales sont également vives, comme en témoignent les émeutes qui ont éclaté dans plusieurs villes du pays en janvier 2018 et janvier 2021 ».

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Par ailleurs , le rapport révèle que « sur le plan sécuritaire, la menace terroriste s’est très fortement réduite depuis 2016 : 16 personnes ont été victimes du terrorisme djihadiste en Tunisie depuis 2016, contre 214 entre 2011 et 2016. La Tunisie est toutefois encore confrontée à la présence sporadique de groupes terroristes dans le sud du pays et dans le Djebel, tel que le groupe algéro-tunisien Jund al-Khilafah, affilié à l’État islamique, ou la katiba Okba Ibn Nafi, affilié à AQMI. Selon le comité contre le terrorisme de l’ONU, la Tunisie est en outre le premier pourvoyeur de combattants djihadistes, en proportion de sa population, sur les théâtres irakien, libyen et syrien, avec quelque 6 000 combattants recensés ».

Le rapport averti que « dans ce contexte de crise politique et économique, plusieurs personnes auditionnées ont alerté les rapporteurs sur le risque d’une déstabilisation majeure du pays et, par conséquent, de son environnement régional ».

Le Maroc, un pôle de stabilité en proie à des tensions persistantes

Le rapport de la commission de défense et des armées a encensé le Maroc. Le rapport indique que « le Maroc représente un pôle de stabilité politique dans la région, comme l’a démontré le bon déroulement des élections législatives de septembre 2021 ». Toutefois, ce rapport signale que « les tensions économiques et sociales perdurent, comme le démontrent le mouvement de mobilisation de l’"Hirak du Rif" en 2016 et 2017 ou encore les manifestations en 2018 à Jerada. Elles sont également illustrées par l’importante pression migratoire venant du Maroc, comme l’ont rappelé les événements du 17 mai 2021, où plus de 9 000 migrants (dont 1 200 mineurs non accompagnés) ont franchi les frontières de l’enclave espagnole de Ceuta ». Les rapporteurs rappellent qu'à cette occasion le Parlement européen avait condamné « l’utilisation par le Maroc des contrôles aux frontières et de la migration, notamment des mineurs non accompagnés, comme moyen de pression politique sur un État membre de l’Union européenne ».

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D'un autre côté, le rapport souligne que « sur le plan sécuritaire, la menace terroriste reste prégnante bien que contenue. Depuis 2002, plus de 200 cellules terroristes auraient ainsi été démantelées (dont 83 depuis 2015) par les autorités marocaines et plus de 4 000 personnes interpellées dans le cadre d’affaires liées au "terrorisme" ». Il faut signaler que le président de la commission de la défense et des forces armées est aussi et président du groupe d’amitié France-Maroc. Il est connu pour son soutien aux thèses marocaines notamment en ce qui concerne le conflit au Sahara occidental.