Le monde a eu chaud, cet été. Les températures ont battu tous les records. Les populations, notamment les agriculteurs, ont souffert. Ce record de température risque de devenir la norme et non l'exception. Les scientifiques ne cessent d'alerter sur le réchauffement climatique et appellent à mettre en place des mesures d'urgence. L'enjeu du climat redevient une priorité. Plusieurs pays ont d'ores et déjà pris certaines mesures pour lutter contre le dérèglement climatique, mais qu'en est-il de l'Algérie ? Nous mettons à votre disposition cette contribution du professeur Abderrahmane Mebtoul, expert international en management stratégique et docteur d'État depuis 1974, qui répond à une partie de la question. 

L'Algérie sera présente à la COP 27 qui se déroulera en Égypte du 6 au 18 novembre 2022, où la présidence de la République a présenté un plan ambitieux sur la lutte contre le réchauffement climatique pour l'Afrique, qui a été adopté à l'unanimité par l'Organisation de l'Union africaine (OUA), et a proposé la mise en place du Fonds de soutien aux mesures de lutte contre les répercussions négatives des changements climatiques, qui a été approuvé par le Conseil de paix et de sécurité (CPS), exhortant les pays développés à s'acquitter de leurs engagements pour limiter la détérioration du climat.

Le contexte de la tenue de la COP 27 en Égypte

C'est dans un contexte alarmant, avec ces deux dernières années 2021 et 2022 qui ont été marquées par des phénomènes météorologiques extrêmes tels que les mégafeux en Amazonie, en Californie ou en Grèce, avec la sécheresse en Afrique du Nord et en Europe, la poursuite de la déforestation en Amazonie, et les inondations au Pakistan, que se tiendra la COP 27 en Égypte. Cette importante rencontre engage la sécurité du monde où les rapports de l'ONU prévoient une sécheresse sans pareille entre 2025 et 2030, avec des incendies, ainsi qu'une pénurie d'eau douce et donc une crise alimentaire.

Fondamentalement, si nous échouons à passer à un monde à faible émission de carbone, c'est l'intégrité de l'économie mondiale qui sera menacée, car le climat est un vaste système interconnecté. Toute action dans une zone déterminée du globe a un impact sur le reste du monde. Depuis 1850, notre planète s'est déjà réchauffée en moyenne de 1,1 °C. Selon le sixième rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), le réchauffement planétaire en cours pourrait atteindre 1,5 °C à 4,4 °C d'ici 2100. Les experts du GIEC indiquent que le réchauffement climatique devrait être contenu à +1,5 °C au maximum d'ici 2100 pour éviter que notre climat ne s'emballe. Cette limitation sera hors de portée à moins de réductions immédiates, rapides et massives des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Le réchauffement climatique a plusieurs effets négatifs qui menacent la sécurité mondiale.

Les effets du réchauffement climatique

Le réchauffement climatique a des effets désastreux sur la planète. Il conduit à la hausse du niveau des mers, la modification des océans, l'amplification des phénomènes météorologiques extrêmes et provoque l'évaporation de l'eau, ce qui modifie le régime des pluies. Le réchauffement climatique est une menace sur les plantes et les animaux, car les cycles de croissance des végétaux sauvages et cultivés sont modifiés. Le réchauffement climatique bouleverse également les conditions de vie humaine et accroît les risques sanitaires : vagues de chaleur, cyclones, inondations, sécheresses, propagation facilitée de maladies, perturbation de la distribution des ressources naturelles, leur quantité et leur qualité et les rendements agricoles ainsi que les activités de pêche.

Les objectifs des gouvernements

Ainsi, les engagements gouvernementaux actuels ne permettraient d'atteindre que 20 % des réductions d'émissions nécessaires d'ici 2030. Pour atteindre les objectifs, il faudrait investir chaque année jusqu'à 4'000 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie, en dirigeant la majorité de ces investissements vers les économies en développement. Le réchauffement climatique n'est pas une vue de l'esprit étant une menace planétaire et que les plus hautes autorités algériennes en ont pris conscience surtout avec d'une part des pluies diluviennes et d'autre part des incendies de plus en plus fréquents avec parfois des actes criminels. Mais il s'agit de distinguer les actions de court terme face aux urgences des actions à moyen et long terme qui dépassent les moyens d'un seul pays, les actions devant être collectives.

Les actions de l'Algérie contre le réchauffement climatique

Pour l'Algérie, pays semi-aride, les impacts principaux du changement climatique se traduisent par des incendies détruisant des milliers d'hectares de forêts, avec parfois de nombreuses victimes, sans compter les dégâts matériels – comme en 2021 en Kabylie, et en 2022 à l'est du pays –, une pénurie des ressources hydriques, la dégradation de la qualité de l'eau, l'intrusion des eaux marines au niveau des nappes aquifères et la détérioration des infrastructures causée principalement par les inondations.

L'Algérie a adopté un plan ambitieux contre le réchauffement climatique du fait qu'elle a connu, au cours du siècle dernier, une augmentation de température de 0,3 °C par décennie ainsi qu'un déficit de pluie de 15 %, nécessitant une autre politique de l'eau, pas propre à l'Algérie, qui peut conduire à des guerres dans le monde. L'Algérie a opté pour les unités de dessalement d'eau de mer sur l'ensemble du territoire, notamment au niveau des côtes où sont concentrées plus de 80 % de la population.

En Algérie, on assiste à des déperditions qui peuvent aller à plus de 30 % du fait de la vieillesse des canalisations, rendant urgent des investissements ainsi que dans des unités de recyclages de l'eau, une autre politique pour l'agriculture en encourageant par exemple le goutte à goutte. La nappe de l'Albien est la plus grande nappe d'eau souterraine au monde, environ 50'000 milliards de mètres cubes, étant à cheval sur trois pays, l'Algérie, la Libye et la Tunisie. 70 % de la nappe se trouvant en territoire algérien au sud-est du pays. Une canalisation a été réalisée entre In Salah et Tamanrasset pour son approvisionnement et une politique raisonnable sans briser l'écosystème (ces nappes sont non renouvelables) peut dynamiser l'agriculture.

L'Algérie s'est engagée dans la lutte contre le changement climatique. En 2015, elle a ratifié l'Accord de Paris sur le climat (COP 21). Bien avant, en juin 1992, l'Algérie a signé la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et l'a ratifiée en juin 1993, ayant participé à la Conférence des parties de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP 25), qui s'est déroulée à Madrid (2-13 décembre 2019).

Le plan de relance de l'économie verte a pour objectif d'encourager le recyclage et de promouvoir les industries de transformation écologiques à travers la mise en place des incitations fiscales pour les sociétés industrielles qui s'engagent à réduire l'émission de gaz et de déchets chimiques. Dans le domaine du torchage du gaz, les efforts déployés ont permis de baisser les gaz brûlés de 500 millions de m³ durant l'année 2020-2021. Le Groupe pétrogazier Sonatrach a signé l'initiative Zéro Routine Flaring by 2030, lancée en 2015 par le Secrétaire général des Nations Unies et le président du Groupe de la Banque mondiale et visant à mettre fin au torchage systématique de gaz d'ici 2030.

Plan national de climat 2020-2030

Récemment, l'Algérie a mis en place un Plan national Climat 2020-2030 portant sur 155 projets pour la réduction des émissions des gaz à effet de serre, l'adaptation avec les impacts négatifs des changements climatiques et l'accompagnement de la gouvernance climatique. Elle s'est engagée à réduire de 7 % ses émissions des gaz à effet de serre, un taux qui pourrait atteindre 22 % d'ici 2030 si elle arrivait à bénéficier d'aide pour financer les grands projets visant à s'adapter aux changements climatiques.

L'Algérie a adopté un programme de conversion en GPL des véhicules tout en créant des structures nationales devant concrétiser des stratégies pour la production de l'énergie propre dont l'hydrogène vert, ainsi que la relance du projet du Barrage vert en vue de son expansion à une superficie de 4,7 millions d'hectares durant les prochaines années s'inscrit dans cette stratégie de lutte contre le réchauffement climatique.

Les objectifs de l'Algérie dans l'énergie solaire

Mais c'est surtout grâce à son grand potentiel solaire (3000 heures) que l'Algérie est en bonne position pour produire de l'électricité. Ayant un programme ambitieux pour les énergies renouvelables devant combiner le thermique pour l'exportation et les panneaux solaires photovoltaïques pour le marché intérieur. L'Algérie a réceptionné en mi-juillet 2011 la centrale électrique hybride à Hassi R'mel, d'une capacité globale de 150 MW, dont 30 MW provenant de la combinaison du gaz et du solaire. Cette expérience est intéressante. La combinaison de 20 % de gaz, énergie plus propre que le charbon et le pétrole, et 80 % de solaire, semble être un axe essentiel pour réduire les coûts et maîtriser la technologie. Le programme algérien consiste à installer une puissance d'origine renouvelable de près de 22'000 MW à l'horizon 2030/2035, dont 12'000 MW seront dédiés à couvrir la demande nationale de l'électricité et 10'000 MW à l'exportation.

Selon les projections du ministère de l'Énergie, d'ici 2030, l'objectif est de produire 40 % de ses besoins en électricité à partir des énergies renouvelables. Le montant de l'investissement public consacré par l'Algérie à la réalisation de son programme de développement des énergies renouvelables, à l'échéance 2030, était au départ fixé (entre 2019/2020) à 60 milliards de dollars, nécessitant un partenariat public privé national et international. Récemment, la délégation conduite par la commissaire européenne à l'Énergie, en visite à Alger, s'est engagée à favoriser l'investissement dans les énergies renouvelables et l'hydrogène vert, énergie de l'avenir 2036/2040, ce segment en partenariat avec l'Algérie où à travers des interconnexions, il y a possibilité d'exporter vers l'Europe. Mais d'autres partenariats sont envisageables, notamment avec la Chine qui investit dans ces créneaux.

Conclusion

L'Algérie, comme pour la majorité des pays en voie de développement, sont pris entre le marteau et l'enclume du fait que la pollution de l'atmosphère ne leur incombe pas, les principaux responsables étant les pays développés, la Chine et la Russie, et leurs engagements n'ayant pas été encore été remplis dans le cadre de la deuxième période du protocole de Kyoto.

Et le grand problème à résoudre, difficile équation, est de concilier l'aspiration au développement légitime et la lutte contre le réchauffement climatique supposant des stratégies d'adaptation progressives avec l'aide des pays développés pour réaliser cette transition. Car le monde connaît un bouleversement inégal depuis des siècles, d'un côté pluies diluviennes, inondations de l'autre côté sécheresse et incendies.

Fondamentalement, si nous échouons à passer à un monde à faible émission de carbone, c'est l'intégrité de l'économie mondiale qui sera menacée, car le climat mondial est un vaste système interconnecté. Espérons que cette énième rencontre, cette fois en Égypte, proposera des solutions concrètes au réchauffement climatique dont la responsabilité en incombe en premier lieu aux pays développés, gros pollueurs, avec un impact catastrophique sur les pays en voie de développement, notamment sur l'Afrique où les engagements de la COP 21 ont été très partiellement appliqués.

Or, avec les tensions en Ukraine avec la crise énergétique, bon nombre de pays recourent massivement aux énergies fossiles et la paix dans cette région est une condition essentielle pour aborder sereinement le sujet stratégique du réchauffement climatique et donc la transition énergétique irréversible qui modifiera le pouvoir énergétique et économique mondial entre 2025/2030/2040.

Note de la rédaction : Cette contribution n'engage que son auteur et ne représente pas la rédaction d'ObservAlgérie.