La visite qu'effectue Georgia Meloni en Algérie peut être tout sauf une visite de courtoisie. En effet, dans le sillage de la guerre en Ukraine, il est clair que la question énergétique sera au centre des discussions entre la cheffe de fil de l’extrême-droite italienne et le chef d’État algérien. Mais aussi, sujet cher au parti de Georgia Meloni, l’immigration sera certainement évoquée.

C’est un fait : entre l'Algérie et l'Italie, il n’a jamais été question d’idéologies ni d’histoire, ni même de liens humainement trop développés. Les relations entre les deux pays ont toujours été basées sur une logique économique cartésienne. Avec l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir en Italie, cette tendance va assurément s’accentuer. Et probablement, la visite – inattendue, faut-il l’avouer – que rend Georgia Meloni à l’Algérie en est la meilleure preuve.

Connue pour son « franc-parler », Meloni, de l’avis de tous les observateurs, se rend en Algérie pour parler « gaz ». En effet, le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Taiani, a déjà affirmé que Rome s’est engagée à renforcer le partenariat bilatéral avec l’Algérie, notamment en ce qui concerne le secteur de l’énergie.

Il est à rappeler, dans ce sens, que c’est toute l’Union européenne qui a, depuis le début de la guerre menée par la Russie en Ukraine, préconisé un rapprochement accentué avec l’Algérie. L’Italie, étant liée à celle-ci via le gazoduc Transmed, est, de ce fait, le pays le plus indiqué pour le renforcement de cette coopération. Il est dès lors évident que Georgia Meloni a l’ambition de prendre les rênes des relations énergétiques avec l’Algérie.

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La stabilité de la Libye : une préoccupation commune

Aussi, la question de l’immigration clandestine dont beaucoup de pays européens, dont l’Italie, se plaignent sera au cœur des discussions. Elle ne sera probablement pas traitée de la même façon qu’elle l’aurait été entre l’Algérie et la France ou, encore, entre l’Espagne et le Maroc, puisque l’Algérie n’est pas reconnue pour être un point de départ de migrants vers l’Italie. Cependant, l’instabilité de la Libye peut s’avérer une préoccupation, à plus d’un titre, commune entre les deux pays. En effet, les deux ont intérêt à ce que ce pays, en difficulté depuis la chute du régime Kadhafi, renoue avec la stabilité.

Rappelons que l'Italie et la Tunisie se sont déjà engagées à travailler ensemble pour lutter contre l'immigration clandestine, ce qui devrait, ont annoncé les deux pays, « inclure une aide à la Libye, principal point de départ des migrants qui tentent de rejoindre l'Europe ». Cet engagement a été pris lors d'une réunion tenue à Tunis le 18 janvier 2022 entre des hauts responsables des deux pays, dont le président tunisien Kaïs Saïed. Il est donc logique que Meloni tente la même nature de coopération avec l’Algérie.

La construction automobile en Algérie : l'argument de Georgia Meloni

Et, comme la diplomatie est un échange d’intérêts, Meloni, selon nombre d’observateurs, ne se rend pas en Algérie les mains vides. Il est en effet prévu que cette visite constitue une étape décisive quant à l’avenir des relations entre les deux pays et définira les paramètres du partenariat qui ne sera pas basé uniquement sur le gaz. Elle inclurait les énergies renouvelables, la coopération militaire, l’agriculture, le bâtiment et les travaux publics, mais surtout « l’industrie automobile ».

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En effet, l’Algérie – et l’Italie en est certainement consciente – a pour ambition de développer l’industrie automobile. D’ailleurs, l’un des premiers constructeurs à s'être sont annoncé après la promulgation du nouveau cahier des charges, c’est bien l'italien Fiat. Des rumeurs de renonciation s’en étaient alors suivies1, puis démenties. La visite de Georgia Meloni est à même de clarifier les choses et de rassurer les uns et les autres. Un bel argument, en fait.


  1. Fiat a-t-elle renoncé au lancement de son usine en Algérie ?