Passé, présent et renouveau du raï

Cheb Khaled, chanteur algérien de Raï

Peu de courants musicaux sont aussi emblématiques que le raï, une odyssée impressionnante qui démarre dans les années 20, à Oran. En donnant libre cours à des chansons qui racontent les difficultés du quotidien, cette musique a su conquérir une partie du public mondial en lui donnant une furieuse envie de danser.

Le raï est aussi une musique entre deux ponts. En France, elle est connue depuis les années 90 avec l'incontournable Khaled, dont le titre Aïcha résonne encore dans les oreilles du peuple. En prenant le pari de chanter en arabe sur une musique fortement ancrée dans la tradition et les sonorités modernes, de nombreux artistes ont réussi à communiquer la fièvre de leur culture de manière authentique.

Pourtant, on entend très peu parler du rai , ces dernières années. Après une apogée dans les années 2000, le style musical semble s'essouffler dans le cœur du grand public.

Parce que l'on peut visiter un site de casino online sur son portable et avoir accès à des milliers de musiques différentes, les goûts musicaux ont fortement évolué. La musique d'aujourd'hui est dominée par le rap et le raï ancien est passé de mode.

Pourtant, la collectionnite des cassettes de raï reste un business très nostalgique, et il existe de nombreux chanteurs qui ont su raviver la flamme de cette musique centenaire.

Une musique du quotidien d'Oran

Remonter aux origines du raï nous fait revenir à Oran dans les années 1920, où une forme primitive du style est chantée dans les quartiers populaires. Si les enregistrements de l'époque manquent, on considère que ce mélange de musique kabyle et de chants explorés constitue le socle du raï.

Bien entendu, la musique a beaucoup changé depuis l'époque, et les tubes des grands chanteurs comme Khaled, Cheb Mami ou même Faudel n'avaient plus rien à voir avec le folklore des premières années.

Pourtant, ce sont les thèmes des chansons qui tournent souvent autour de la romance et de l'amour perdu. Enfin, on y parle des problèmes engendrés par la boisson et des souffrances du quotidien. Ces thèmes ne sont pas toujours bien vus des autorités algériennes. C'est pourquoi le raï connaît un second souffle dans les années 80, alors que s'installent à Paris de nombreux immigrés algériens qui cherchent à fuir les rigueurs d'Oran de l'époque.

En 1976, lorsque Khaled sort son premier 45 tours à l'âge de 16 ans, le raï est une scène qui agit dans une semi-clandestinité. Issus de milieux pauvres, ses amateurs se passent des K7 faciles à recopier et à vendre en toute confidentialité. Longtemps, cette musique sera en proie aux foudres du gouvernement qui la juge sulfureuse. C'est pour cela que le raï est également ancré dans des villes comme Paris, Lyon et Marseille.

De Didi à l'époque 1, 2 3 Soleil !

Le quartier de la Goutte d'Or, à Paris, devient le nouvel épicentre d'un raï moderne où ses artistes les plus emblématiques se sont réunis. Ouverte au monde extérieur, la musique commence à s'enrichir de sonorités nouvelles et les nappes de synthétiseurs permettent une nouvelle forme d'expression aux artistes. Certains considèrent le raï à la française comme un pur produit commercial. C'est pourtant cette mouvance qui permettra au genre de connaître son heure de gloire à l'internationale.

En 1992, la chanson Didi de Cheb Khaled est véritablement le premier tube raï qui fait tendre l'oreille aux Français, en devenant un incontournable des mariages et des booms de l'époque. Emportant des milliers de fidèles sur son passage, la vague du raï à la française connaît son apogée avec un concert unique qui concentre la crème du milieu : Khaled, Rachid Taha, Cheb Mami et Faudel, que le public appelait à l'époque le petit Prince du raï.

Le déclin des années 2000 et le renouveau

La musique raï a tant fait danser l'Algérie, la France et le reste du monde. Pourtant, le courant musical a virtuellement disparu des ondes et des grands médias dans les années 2000. Disparue, pas tout à fait, car la musique s'est mélangée avec le Rap, le hip hop et le ragga pour créer des mélanges heureux et parfois plus hasardeux (comme la compilation raï'n'b fever). Aujourd'hui, beaucoup de gens ont perdu de vue le fait que le raï était une musique contestataire, capable de faire réfléchir son auditeur tout en l'emportant dans la danse.

Dans un monde nostalgique du passé, ce courant musical est une ode à une époque révolue. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le raï a été classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en décembre 2022. Cette distinction honore plus d'une centaine d'années de culture. Une culture tellement ancrée en Afrique du Nord que nos voisins marocains se disputaient jadis la paternité du courant musical !

Et vous ? Écoutez vous toujours du raï ? Quels sont vos artistes préférés ? Après des années dans l'ombre, cette musique reprend toute sa place dans le patrimoine algérien, avec notamment un festival organisé chaque année à Oran.

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