Des travailleurs algériens exploités au Canada

Une vague de colère a secoué le paysage migratoire au Canada. Devant les locaux de l'agence Iris à LaSalle, des dizaines de travailleurs migrants, dont plusieurs Algériens, ont manifesté lundi 5 mai 2025 pour dénoncer des conditions d'exploitation systémique. Ce rassemblement marque l'aboutissement d'un long combat pour faire reconnaître leurs droits bafoués.

Selon le média canadien La Converse, les travailleurs migrants de l'agence Iris subissent depuis des mois des pratiques abusives. Des heures de travail non rémunérées, des contrats inexistants, des fiches de paie introuvables et la menace constante d'expulsion constituent le quotidien de ces personnes venues chercher une vie meilleure au Canada. Près de 20 plaintes ont été déposées à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), certaines remontant à plus d'un an.

Laura Doyle Péan du Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTTI) explique : "Pendant un an, malgré les nombreuses plaintes, l'agence a continué ses activités sans être inquiétée." Ce n'est qu'après la médiatisation de l'affaire par le journal Le Devoir il y a quatre semaines, et l'intervention du ministre du Travail Jean Boulet, que la CNESST a finalement retiré ses permis à l'agence Iris le 5 mai 2025.

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Le calvaire de Fouad, travailleur algérien

Parmi les victimes, Fouad, un Algérien de 30 ans, témoigne de son parcours semé d'embûches. Arrivé le 28 juillet 2023 avec un visa de touriste, il contacte l'agence Iris sur les conseils d'un ami. "On m'a promis un permis de travail en quelques semaines contre 1 250 $ en cash", raconte-t-il. Après quatre mois d'attente et l'obtention de son permis, les promesses ne se concrétisent pas. "On m'a demandé de trouver moi-même des employeurs et de les orienter vers l'agence", s'indigne-t-il.

Le directeur de l'agence, Dieudonné Nidufasha, est aujourd'hui dans le collimateur des autorités. La CNESST a intenté des poursuites pour salaires impayés totalisant près de 100 000 $. Une somme qui ne représente qu'une partie des préjudices subis par ces travailleurs vulnérables.

Un système de placement défaillant

L'affaire Iris met en lumière les failles du système canadien de recrutement de main-d'œuvre étrangère. Depuis le 1er janvier 2020, les agences de placement doivent obtenir un permis délivré par la CNESST. Pourtant, comme le souligne Manuel Salamanca Cardona du CTTI, "ces travailleurs sont pris au piège entre la peur de perdre leur statut et l'exploitation par des agences peu scrupuleuses."

Les manifestants dénoncent également la complicité passive des autorités. "Il a fallu une couverture médiatique pour que les choses bougent", regrette un organisateur du rassemblement. La suspension du permis de l'agence Iris constitue une première victoire, mais les travailleurs demandent des mesures plus structurelles pour protéger les migrants.

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Un avenir incertain pour les victimes

Si l'agence Iris ne peut plus opérer légalement, les travailleurs exploités se retrouvent dans une situation précaire. Beaucoup ont perdu des mois de revenus et certains risquent désormais l'expulsion en raison des irrégularités dans leur statut. "Nous demandons justice et régularisation pour toutes les victimes", clament les organisateurs de la manifestation.

L'affaire a provoqué un électrochoc dans le milieu des agences de placement à Montréal. Alors que le Canada continue d'attirer des milliers de travailleurs migrants chaque année, cette affaire pose la question des mécanismes de protection des droits fondamentaux. Les autorités promettent désormais un renforcement des contrôles, mais pour Fouad et ses compagnons d'infortune, ces mesures arrivent trop tard. Leur combat continue aujourd'hui devant les tribunaux, dans l'espoir d'obtenir réparation pour les préjudices subis.


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