Pendant vingt ans, Mohamed Amghar a travaillé en France sous un prénom qui n’était pas le sien. Cet ingénieur commercial d’origine algérienne a été contraint par son employeur, Intergraph France, de se présenter sous le nom d’"Antoine". Une pratique discriminatoire qui vient d’être sanctionnée par la justice.
Mohamed Amghar intègre Intergraph France en 1996 après un brillant parcours académique (Bac+5 et diplôme d’ingénieur). Dès son recrutement, son supérieur lui impose de remplacer son prénom par "Antoine", sans justification. "Je suppose qu’il pensait que le prénom Mohamed gênerait pour prospecter des clients", explique-t-il au journal Le Parisien. Divorcé et père de trois enfants, il accepte, par nécessité économique, cette double identité. "J’ai subi cette situation tous les jours pendant vingt ans" ajoute-t-il.
De 1997 à 2017, Mohamed cumule les preuves de cette usurpation : badges, cartes de visite et emails portant le prénom "Antoine". Ce n’est qu’en 2018, après son départ de l’entreprise, qu’il engage des poursuites pour discrimination. La cour d’appel de Paris rend son verdict en mai 2025, condamnant Intergraph France pour "discrimination à l’origine", harcèlement moral et violation de vie privée. L’entreprise, rachetée en 2010 par le suédois Hexagon AB, est contrainte de verser 30 000 euros de dommages à Mohamed Amghar.
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Une condamnation jugée insuffisante
Né en France de parents algériens, Mohamed grandit dans une famille modeste. Son père, arrivé à Paris en 1946, lui inculque l’importance des études pour échapper aux discriminations. "Mon père tirait des charrettes de bois parce qu’un Arabe coûtait moins cher qu’un cheval", raconte-t-il sur Radio France. Malgré son diplôme d’ingénieur, Mohamed se heurte au même plafond de verre. "Cet accident m’a renvoyé à la condition de citoyen de seconde zone que mes parents ont connue" confie Mohamed.
Si la justice a reconnu la discrimination, Mohamed Amghar estime que la sanction n’est "pas dissuasive". Intergraph France, dont le siège est à Rungis (Val-de-Marne), n’a pas commenté le jugement. Hexagon AB, son propriétaire actuel, se défend en promouvant un "environnement inclusif". Le cas révèle pourtant un racisme systémique. "C’est la preuve qu’en France, certains prénoms restent des obstacles invisibles", conclut Mohamed.
🇨🇵 FLASH - « La blessure est toujours là. C’est 20 ans d’une vie »
Pendant 20 ans, Mohamed Amghar a été contraint de changer de prénom et de se faire appeler « Antoine » au travail. Il a poursuivi son ancien employeur, récemment condamné au civil pour discrimination. pic.twitter.com/vJNoi7X4Cg
— Tajmaât (@Tajmaat_Service) June 4, 2025
