Blanchiment d'argent : Pourquoi l'UE cible l'Algérie ?

Le 12 juin dernier, l'Union européenne a ajouté l’Algérie à sa « liste noire » des pays à haut risque en matière de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme. Cette décision a suscité de vives interrogations, notamment au regard des efforts que le pays a déployés pour moderniser son cadre juridique et renforcer son système financier.

En effet, l’Algérie semble faire face à une double peine, entre la reconnaissance de ses progrès et une décision européenne qui semble déconnectée de la réalité. L’Algérie a mis en place plusieurs réformes pour lutter efficacement contre le blanchiment d’argent. Depuis plusieurs années, le pays a adopté une série de mesures législatives et institutionnelles visant à répondre aux normes internationales.

La stratégie nationale 2024-2026 s’articule autour de sept axes principaux, incluant des actions concrètes pour renforcer la législation, l’administration fiscale et la coopération internationale. Parmi les mesures notables, l'Algérie a promulgué la loi 23-01 en février 2023, instauré un registre public des bénéficiaires effectifs et mis en place des mécanismes pour geler les avoirs liés au financement du terrorisme.

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Les réformes incluent également la mise en place de mécanismes pour garantir la transparence et la traçabilité des flux financiers. Le pays a revu son cadre législatif en instaurant, entre autres, l'obligation de bancariser toutes les transactions financières à partir de 2025. Ces initiatives sont conformes aux recommandations du Groupe d’action financière (GAFI), et l’Algérie a déjà réduit de manière significative les actions recommandées par le GAFI, passant de 74 à 13 en moins de deux ans.

Incohérence flagrante de l'Union européenne

L’inscription de l’Algérie sur la liste noire de l’Union européenne semble en contradiction avec les efforts réalisés par le pays. En effet, l’UE semble ignorer les réformes profondes opérées par l’Algérie. Alors que l’Algérie coopère activement avec le GAFI et met en œuvre des réformes qui visent à assainir son système financier, la décision européenne est perçue comme injustifiée. Le pays, qui a déjà obtenu des évaluations positives de la part de plusieurs experts internationaux, dont ceux de la Banque mondiale, semble ainsi puni pour ses progrès.

Un aspect particulièrement contradictoire de cette décision est le retrait des Émirats arabes unis de la même liste noire. Malgré des liens avérés avec des circuits d’évasion fiscale et des pratiques financières douteuses, les Émirats ont été retirés de la liste, un fait qui soulève des questions sur les critères appliqués par l'UE. Ce traitement différencié soulève des doutes sur les critères utilisés par Bruxelles et sur l'objectivité de sa démarche.

Réticence de la part de certains pays européens

Outre la décision européenne, l’Algérie rencontre des difficultés liées à la coopération judiciaire internationale. En dépit de ses efforts pour renforcer ses liens avec les instances internationales, notamment par le biais de commissions rogatoires internationales, l’Algérie se heurte à une réticence persistante de la part de certains pays européens. Parmi ces pays, la France se distingue par un faible taux d’exécution des demandes de coopération judiciaire, ce qui complique la traque des flux financiers illicites.

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Cette absence de coopération effective de la part de certains pays européens contrevient à l’objectif global de transparence et de lutte contre le blanchiment d’argent. Cela vient s’ajouter aux frustrations de l’Algérie, qui peine à obtenir une coopération rapide et efficace dans des enquêtes cruciales pour la stabilité de son système financier.

Un jugement politique plutôt que technique ?

L’inscription de l’Algérie sur la liste noire de l’UE semble davantage motivée par des considérations géopolitiques que par une évaluation technique objective. En effet, l’Algérie, en dépit de ses réformes et de sa coopération avec les instances internationales, est perçue par certains observateurs comme un acteur clé dans un contexte régional complexe. Cette dynamique pourrait expliquer une partie du traitement différencié entre l’Algérie et d’autres pays, dont certains ont des antécédents plus problématiques en matière de blanchiment d’argent.

De plus, cette décision intervient à un moment crucial, alors que l’Algérie s'apprête à présenter un rapport réactualisé au GAFI, qui pourrait lui permettre de sortir de la liste grise. L’UE semble ainsi s’être précipitée dans sa décision, sans attendre l’évolution de la situation au sein du GAFI.


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