Le député de l'émigration Abdelouahab Yagoubi a pointé du doigt, lors d’une séance à l’Assemblée populaire nationale, l’existence d’un marché noir des devises au Square Port-Saïd, au centre d’Alger. Ce lieu, situé à quelques mètres du siège du Parlement, constitue selon lui l’un des foyers majeurs de blanchiment d’argent en Algérie.
Le Square d’Alger, et plus précisément le Square Port-Saïd, fonctionne comme un espace de change informel où des cambistes proposent quotidiennement des devises étrangères à des taux largement supérieurs à ceux du marché officiel. Le 13 juillet 2025, un euro s’y échangeait à 264,50 dinars, contre environ 151,72 dinars dans les guichets bancaires. Ce différentiel alimente une économie parallèle puissante, qui contourne les circuits de régulation et échappe aux mécanismes de traçabilité financière.
Selon Yagoubi, ce lieu n’est pas un simple point de change illégal, mais une véritable plateforme informelle d’échange monétaire. Il l’a qualifié de “banque du Square”, un terme révélateur de l’ampleur du phénomène et de son enracinement dans le tissu économique algérien.
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Une activité illégale tolérée dans les faits
Le marché noir des devises au Square d’Alger est interdit par la loi, mais fonctionne en toute impunité. Les transactions sont visibles, publiques et effectuées en plein jour, dans un contexte d’absence de contrôle. Cette tolérance de fait s’explique par l’absence de canaux légaux accessibles au grand public pour l’obtention de devises étrangères. Les particuliers souhaitant voyager ou importer doivent passer par ces circuits non officiels pour contourner la réglementation de change.
Le député a souligné que cette situation fragilise les efforts de l’État en matière de réforme économique. Elle contribue au développement d’une économie informelle estimée à plus de 40 % du PIB national. Ce chiffre est particulièrement préoccupant à l’heure où l’Algérie cherche à améliorer sa notation financière et sa réputation auprès des instances internationales.
Un frein à la sortie de la liste grise du GAFI
L’Algérie est inscrite depuis plusieurs années sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), une organisation intergouvernementale chargée de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Ce classement a des conséquences directes : augmentation du coût des opérations bancaires, défiance des investisseurs et dégradation de l’environnement des affaires.
Dans ce contexte, le Square d’Alger apparaît comme un indicateur de l’inefficacité des dispositifs existants. Le député Yagoubi a rappelé que le GAFI ne juge pas uniquement les lois adoptées, mais évalue aussi leur mise en œuvre concrète : nombre de signalements, enquêtes, poursuites judiciaires, condamnations et confiscations d’avoirs.
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Des ajustements législatifs nécessaires
Le projet de loi en discussion prévoit plusieurs réformes structurelles. Il introduit une définition juridique claire du “bénéficiaire effectif”, élargit les pouvoirs d’enquête des autorités compétentes, renforce la surveillance des associations à but non lucratif et criminalise les actifs virtuels. Il repose sur une approche fondée sur les risques, conformément aux standards du GAFI.
Mais selon Yagoubi, ces avancées ne suffisent pas. Il appelle à un plan d’exécution national, structuré, avec des objectifs mesurables et des échéances précises. Il préconise également la formation certifiée des magistrats et enquêteurs selon les normes de l’ACMS (Anti-Money Laundering and Countering the Financing of Terrorism Standards), ainsi qu’une coordination renforcée entre les institutions impliquées.
Une approche institutionnelle plus rigoureuse
Le député a aussi insisté sur l’absence d’un registre national opérationnel des bénéficiaires effectifs et sur la faiblesse du cadre de coopération judiciaire internationale, notamment en matière d’extradition. Il a mis en avant l’insuffisante indépendance de la Cellule de traitement du renseignement financier (CTRF), toujours rattachée au ministère des Finances.
Il recommande la mise en place d’indicateurs de performance et d’impact pour mesurer l’efficacité des politiques publiques, ainsi qu’une mobilisation accrue du ministère des Affaires étrangères, notamment auprès du siège du GAFI à l’OCDE et du MENAFATF, son équivalent régional.
