Un ressortissant algérien a été expulsé du Canada le jeudi 13 novembre 2025. Interdit de territoire depuis 2014 pour des raisons de sécurité, il avait échappé à l’éloignement pendant plus de dix ans. L’affaire a été relancée en 2024, après qu’il a affiché des croix gammées sur sa maison, provoquant une vive réaction locale et politique.
Yahia Meddah, 54 ans, vivait à Saint-Barnabé-Sud, au Québec. Il était arrivé au Canada en 1998 après s'être enfui d'un hôpital psychiatrique en Floride. Des documents judiciaires obtenus par La Presse révélaient que le FBI le considérait comme « extrêmement dangereux » et suspectait des liens avec un groupe islamiste armé. Les autorités canadiennes ont refusé sa demande d'asile et de résidence permanente en 2007 pour des motifs de sécurité.
L'intéressé a été interdit de territoire en 2014 suite à des condamnations pour recel et voies de fait sur un inspecteur. Son processus d'expulsion était en cours depuis 2010, mais l'Agence des services frontaliers rencontrait des difficultés à obtenir les documents de voyage nécessaires de l'Algérie.
Faits-divers Mariage refusé en France : un couple franco-algérien se marie en Algérie
L'affaire des croix gammées qui a précipité les événements
En juin 2024, ce père de famille algérien attire l’attention des médias canadiens en affichant des pancartes ornées de croix gammées devant sa maison à Saint-Barnabé-Sud. Il exprimait ainsi son opposition à la municipalité qu'il accusait de négligence concernant sa situation. L'administration locale a engagé des poursuites et obtenu plusieurs injonctions de la Cour supérieure.
Malgré les interdictions, Meddah a maintenu ses pancartes, ce qui lui a valu une condamnation pour outrage au tribunal. La directrice générale de la municipalité, Linda Normandeau, a indiqué que ces procédures avaient engendré des frais judiciaires dépassant 150 000 dollars pour la collectivité. Cet épisode a remis le dossier en lumière et accéléré les démarches d'expulsion.
L'expulsion définitive après un dernier recours
Mercredi 12 novembre, Yahia Meddah a tenté une ultime démarche en présentant un certificat médical de l'Institut de cardiologie de Montréal stipulant son incapacité à prendre l'avion. La juge fédérale Jocelyne Gagné a rejeté cette requête, qualifiant le document de « note laconique de dernière minute ». L'expulsion vers l’Algérie a été exécutée dans la soirée de jeudi 13 novembre.
Une dizaine de policiers et d'agents frontaliers s'étaient présentés à son domicile jeudi après-midi pour mettre en œuvre la décision judiciaire. Meddah s'était cependant déjà rendu de son propre chef à l'aéroport. Le député Simon-Pierre Savard-Tremblay a salué cette issue, tout en déplorant la longueur de la procédure.
Faits-divers Aéroport d'Alger : un avion présidentiel fait un arrêt technique
Réactions politiques et conséquences judiciaires
La députée provinciale Chantal Soucy a évoqué un « immense soulagement pour les citoyens de Saint-Barnabé-Sud ». Elle a souligné que les résidents avaient enduré des « provocations inacceptables » de la part de Meddah. Le parlementaire fédéral a pour sa part pointé un « système défaillant » ayant permis la prolongation de cette situation.
Meddah demeure concerné par plusieurs procédures judiciaires au Canada, notamment un procès pour vol d'électricité programmé prochainement. Il devra également témoigner dans des affaires impliquant deux de ses fils, inculpés pour menaces et voies de fait. L'ambassade du Canada en Algérie a accepté de faciliter son témoignage à distance depuis ses locaux.
