Le chômage chez les immigrés maghrébins en France reste plus élevé que dans le reste de la population, même lorsque les profils sont comparables. C’est l’un des enseignements forts de l’enquête Trajectoires et Origines 2, menée par l’Ined et l’Insee auprès de plus de 27 000 personnes.
Derrière les débats souvent tendus sur l’immigration, cette étude publiée ce jeudi 21 mai, apporte des chiffres, du recul et une lecture plus fine des parcours. Elle montre une réalité moins caricaturale que les discours habituels : les immigrés et leurs descendants sont largement intégrés dans la société française, mais continuent de subir des inégalités durables, notamment sur le marché du travail.
Surrisque de chômage chez les immigrés maghrébins en France
L’un des résultats les plus marquants de l’enquête concerne l’emploi. À profil comparable, l’origine continue d’avoir un effet sur le risque de chômage. Les personnes immigrées originaires du Maghreb, ainsi que leurs descendants, restent davantage exposées aux difficultés d’accès au travail.
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L’étude évoque notamment un écart de +6,2 points pour les immigrés du Maghreb. Ce chiffre est central, car il ne renvoie pas seulement à des différences de diplôme, d’âge ou de situation sociale. Il indique qu’à caractéristiques similaires, l’origine peut encore peser dans les trajectoires professionnelles.
Ce constat vient bousculer une idée souvent avancée dans le débat public : celle selon laquelle la naissance en France suffirait à effacer les obstacles rencontrés par les enfants d’immigrés. L’enquête montre au contraire que la deuxième génération n’est pas totalement protégée contre les discriminations ou les freins structurels.
Une population souvent plus diplômée
L’autre enseignement important de l’enquête concerne le niveau d’études. Contrairement à certains clichés, les immigrés arrivant en France sont de plus en plus diplômés. Avant 1989, la part des personnes diplômées parmi les nouveaux arrivants était de 29 %. Elle atteint 53 % chez les personnes arrivées depuis 2009.
Plus encore, la proportion de personnes disposant d’un diplôme de niveau bac +3 ou plus est, en moyenne, plus élevée chez les immigrés que dans la population dite majoritaire, c’est-à-dire sans ascendance migratoire. Les chercheurs parlent d’un effet de sélection : les personnes qui quittent leur pays pour s’installer en France appartiennent souvent aux catégories les plus instruites de leur société d’origine.
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Ce point est essentiel pour comprendre le décalage entre qualification et insertion professionnelle. Le problème ne se limite donc pas à la formation ou au niveau scolaire. Une partie des difficultés se joue ailleurs : reconnaissance des diplômes, accès au premier emploi, réseaux professionnels, discriminations à l’embauche ou orientation vers des secteurs moins stables.
Une intégration sociale réelle, loin du cliché
L’enquête Trajectoires et Origines 2 démonte aussi l’idée d’un isolement massif des immigrés et de leurs descendants. Selon les résultats cités, 21 % des immigrés ont des amis de la même origine, ce qui signifie que près de huit sur dix entretiennent des relations sociales d’origines variées.
Chez les descendants de deux parents immigrés, la proportion de relations entre personnes au même profil tombe à 11 %. Autrement dit, 89 % ont des liens sociaux mixtes. Ce résultat contredit l’idée d’une séparation nette entre les populations issues de l’immigration et le reste de la société française.
Cris Beauchemin, directeur de recherche à l’Ined, souligne d’ailleurs que les immigrés et leurs descendants ne sont pas séparés du reste de la société. Les couples, les amitiés, les parcours scolaires et les pratiques sociales montrent au contraire une forte circulation entre les groupes.
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Cette intégration sociale ne signifie pas pour autant égalité. C’est précisément l’un des paradoxes mis en lumière par l’enquête : les liens avec la société française sont réels, mais les inégalités persistent dans les institutions, le logement, l’école ou l’emploi.
Le Maghreb au cœur des trajectoires migratoires françaises
La place des immigrés maghrébins dans cette enquête n’est pas marginale. Parmi les personnes interrogées issues de l’immigration, 32 % sont originaires du Maghreb, devant l’Europe, l’Afrique subsaharienne et l’Asie. Cette présence reflète l’histoire migratoire de la France depuis les années 1960, marquée par les liens avec l’Algérie, le Maroc et la Tunisie.
Cette histoire explique aussi pourquoi les descendants d’immigrés maghrébins sont aujourd’hui nombreux parmi les générations actives. Ils sont nés, scolarisés et socialisés en France, mais peuvent encore se heurter à des représentations liées à leur origine réelle ou supposée.
L’enquête rappelle également que l’immigration est devenue une composante durable de la population française. En France métropolitaine, une personne sur trois est immigrée, enfant d’immigré ou petit-enfant d’immigré. Ce chiffre donne une autre lecture du sujet : l’immigration n’est pas un phénomène périphérique, mais une réalité familiale, sociale et économique installée.
Discriminations, marché du travail et promesse républicaine
Le surrisque de chômage chez les immigrés maghrébins en France pose une question de fond : pourquoi l’origine continue-t-elle d’avoir un effet lorsque les autres variables sont comparables ? L’enquête ne réduit pas le phénomène à une seule cause. Elle pointe plutôt un ensemble de freins : discriminations, difficultés d’accès aux réseaux professionnels, poids du nom ou de l’adresse, segmentation du marché du travail, orientation vers certains métiers, mais aussi effets durables des inégalités scolaires et territoriales.
La promesse républicaine repose sur l’idée que les individus doivent être jugés sur leurs compétences, leurs diplômes et leur parcours. Or, les chiffres montrent que cette promesse reste incomplète pour une partie des immigrés maghrébins et de leurs descendants.
Le constat est d’autant plus sensible que l’enquête relève une intégration socioculturelle plutôt forte. Les personnes concernées parlent français, se sentent souvent liées à la France, entretiennent des relations sociales mixtes et participent à la vie du pays. Pourtant, une barrière demeure au moment d’entrer ou de progresser sur le marché du travail.
