Olivier Faure veut ouvrir la voie à une régularisation beaucoup plus large des travailleurs sans titre de séjour. Invité de BFMTV le 16 septembre 2026, le premier secrétaire du Parti socialiste a évoqué un ordre de grandeur d’« autour de 400 000 » personnes, tout en reconnaissant ne pas disposer d’un chiffre précis.
La proposition relance une question sensible : existe-t-il réellement 400 000 travailleurs sans-papiers en France susceptibles d’être régularisés ? À ce stade, ce chiffre ne correspond pas à un décompte officiel. Et si le droit français permet déjà certaines régularisations par le travail, elles sont actuellement examinées au cas par cas.
D’où vient le chiffre de 400 000 travailleurs sans-papiers en France ?
Lors de son entretien sur BFMTV, Olivier Faure a défendu « la régularisation des travailleurs sans-papiers », en précisant qu’il ne proposait pas de régulariser toutes les personnes en situation irrégulière. Interrogé sur le nombre de personnes qui pourraient être concernées, le responsable socialiste a reconnu ne pas connaître le chiffre précis avant d’avancer une estimation : « autour de 400 000 ». Ce nombre doit donc être considéré comme un ordre de grandeur avancé politiquement, et non comme une statistique établie par l’administration.
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Le ministère de l’Intérieur souligne lui-même la difficulté à mesurer la population étrangère en situation irrégulière. Dans une réponse publiée en janvier 2026 au Sénat, il expliquait qu’il n’existait « par essence » aucun chiffrage précis et qu’il fallait s’appuyer sur plusieurs indicateurs indirects.
Un rapport du Sénat sur le projet de loi de finances pour 2026 reprenait néanmoins une estimation du ministère de l’Intérieur d’environ 700 000 étrangers en situation irrégulière en France. Cette estimation concerne l’ensemble des personnes en situation irrégulière et non uniquement celles qui travaillent. Il n’est donc pas possible, sur la base des données publiques disponibles, d’affirmer que la France compte exactement 400 000 travailleurs sans-papiers remplissant les conditions d’une éventuelle régularisation.
La France régularise déjà certains travailleurs sans-papiers
La régularisation par le travail existe déjà dans le droit français. Un étranger non européen en situation irrégulière peut demander, sous certaines conditions, une carte de séjour portant la mention « salarié » ou « travailleur temporaire » au titre de l’admission exceptionnelle au séjour.
La procédure reste toutefois individuelle et examinée au cas par cas. La délivrance du titre n’est pas automatique et dépend notamment de l’appréciation de l’administration. Un dispositif particulier existe également pour certains métiers et certaines zones confrontés à des difficultés de recrutement. Cette possibilité est prévue jusqu’au 31 décembre 2026.
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Pour en bénéficier dans le cadre des métiers en tension, le demandeur doit notamment justifier d’une résidence ininterrompue d’au moins trois ans en France, avoir travaillé au moins douze mois au cours des vingt-quatre derniers mois dans un métier concerné et exercer, au moment de la demande, un emploi figurant sur la liste des métiers en tension.
Olivier Faure cite l’Espagne comme exemple
Pour défendre sa proposition, Olivier Faure se réfère notamment à l’Espagne. Le gouvernement espagnol a effectivement lancé en 2026 une procédure extraordinaire destinée à certaines personnes étrangères déjà présentes dans le pays.
Le dispositif était accessible notamment aux étrangers en situation administrative irrégulière arrivés en Espagne avant le 1er janvier 2026, à condition de pouvoir justifier d’au moins cinq mois de présence continue et de ne pas avoir d’antécédents pénaux. Une autorisation de résidence et de travail d’un an pouvait être délivrée aux personnes remplissant les critères.
Le gouvernement espagnol estimait initialement à environ 500 000 le nombre de bénéficiaires potentiels. Ce chiffre était donc lui aussi une estimation préalable et non le nombre définitif de personnes régularisées.
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Le succès administratif du dispositif a d’ailleurs largement dépassé le nombre de demandes initialement envisagé : à la fermeture de la procédure le 30 juin 2026, l’Espagne avait enregistré 1 174 978 demandes. Au 2 juillet, 609 737 avaient déjà été traitées, selon le gouvernement espagnol. Cela ne signifie toutefois pas que l’ensemble de ces demandes a obtenu une réponse favorable.
L’exemple italien est différent
Olivier Faure a également cité l’Italie. La comparaison mérite toutefois d’être précisée. Le gouvernement italien a prévu 497 550 entrées de travailleurs étrangers pour la période 2026-2028, dont 164 850 en 2026, 165 850 en 2027 et 166 850 en 2028.
Mais il ne s’agit pas d’une régularisation de près de 500 000 travailleurs sans-papiers déjà présents sur le territoire italien. Le « decreto flussi » organise principalement l’entrée légale en Italie de travailleurs étrangers résidant à l’étranger, selon des quotas liés notamment au travail salarié, saisonnier ou indépendant.
L’Espagne constitue donc une comparaison beaucoup plus directe avec la proposition d’une opération de régularisation en France.
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Peut-on réellement régulariser 400 000 personnes en France ?
Sur le plan administratif et juridique, une opération exceptionnelle de régularisation peut être organisée si les pouvoirs publics décident d’établir un dispositif et des critères permettant son application.
Mais le chiffre de 400 000 travailleurs sans-papiers en France avancé par Olivier Faure ne correspond actuellement ni à une liste de personnes identifiées par l’administration ni à un nombre officiel de travailleurs remplissant des critères précis.
La proposition reste une proposition politique, et non une mesure adoptée. La question essentielle serait donc moins de savoir si une régularisation de grande ampleur est théoriquement envisageable que de déterminer qui pourrait en bénéficier, selon quels critères et combien de personnes répondraient réellement à ces conditions.
