Les propos du président français Emmanuel Macron, tenus le 30 septembre dernier à l’Elysée lors d’une rencontre avec des descendants de protagonistes de la Guerre d’Algérie, ont suscité une vague de colère en Algérie.

Le président français, qui a qualifié le système algérien de « politico-militaire », s’est interrogé sur l’existence de la nation algérienne avant la colonisation française en 1830, et a comparé la « présence ottomane » et la colonisation française de l’Algérie.

Les propos d’Emmanuel Macron ont suscité la colère des autorités algériennes

« Moi, je suis fasciné de voir la capacité qu’a la Turquie à faire totalement oublier le rôle qu’elle a joué en Algérie et la domination qu’elle a exercée. Et d’expliquer qu’on est les seuls colonisateurs, c’est génial. Les Algériens y croient », avait déclaré Emmanuel Macron. Les autorités algériennes ont riposté par le rappel de l’ambassadeur algérien à Paris et l’interdiction de l’espace aérien algérien aux avions militaires français.

En marge de sa visite d’inspection dans la wilaya d’Oran le lundi 4 octobre, le Premier ministre algérien a affirmé que les dernières déclarations du président français Emmanuel Macron sur l’histoire de l’Algérie « sont inacceptables ». Aïmene Benabderrahmane a ajouté que « l’Algérie ne saurait être affectée par des déclarations qui tentent de porter atteinte à son histoire et à ses racines ». « Nous n’accepterons jamais ce genre de déclarations, car l’Algérie est un peuple et une nation debout ayant marqué l’Histoire. Il suffit de se référer à Imedghassen, Massinissa et l’Émir Abdelkader », a souligné Aïmene Benabderrahmane.

Le retour de l’ambassadeur d’Algérie en France « est conditionné au respect de l’Algérie », déclare Abdelmadjid Tebboune

Le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune s’est exprimé à son tour pour la première fois le dimanche 10 octobre sur les propos tenus par son homologue français Emmanuel Macron et sur la crise diplomatique entre l’Algérie et la France. Dans un entretien accordé à des médias nationaux et diffusé dans la soirée du dimanche 10 octobre sur les chaines de la télévision publique (EPTV), Abdelmadjid Tebboune a posé une condition au retour en France de l’ambassadeur d’Algérie, qui est toujours à Alger.

« L’Histoire ne doit pas être falsifiée », ajoute le chef de l’État algérien

« Le retour de l’ambassadeur d’Algérie en France est conditionné au respect de l’Algérie, le respect total de l’État algérien », a affirmé le chef de l’État, en soulignant que les « relations avec la France relèvent de la responsabilité du peuple et de l’Histoire ». Abdelmadjid Tebboune a également rappelé que « la France doit oublier que l’Algérie a été un jour une colonie française » et que « l’Histoire ne doit pas être falsifiée ». Le chef de l’État algérien a aussi souligné à propos de l’histoire algérienne et de la colonisation française, qu’«on ne peut pas faire comme si de rien n’était». Pour «le reste, il s’agit de leurs affaires internes», a-t-il encore dit.

Tebboune répond à la décision de réduire le nombre de visas pour les Algériens

Évoquant la décision du gouvernement français de réduire de 50 % le nombre des visas accordés aux Algériens, Abdelmadjid Tebboune a affirmé que « ce genre de décision doivent être prises dans le cadre des accords bilatéraux » entre les deux pays. Tebboune a cité dans ce cadre « les accords d’Evian » signés entre l’Algérie et la France juste avant la proclamation de l’Indépendance en 1962 et « le traité de 1968 » sur la circulation, le séjour et le travail des Algériens en France.

7000 sans-papiers algériens à expulser : « un gros mensonge » selon Tebboune

Le chef de l’État a également évoqué l’affaire des quelque 7000 sans-papiers algériens en France qui font l’objet d’une OQTF et que l’Algérie refuserait d’accueillir, selon le ministre français de l’intérieur Gérald Darmanin. À ce propos, Tebboune a démenti l’existence de cette liste de 7000 sans-papiers algériens qui font l’objet d’expulsions vers l’Algérie. « Depuis 2020, nous avons reçu 3 listes avec 94 cas d’algériens faisant l’objet d’une mesure d’expulsion, don 21 on été acceptés et 16 on été rejetés, car les concernés sont en en lien avec des organisations terroristes », a affirmé le chef de l’État. « Cette liste de 7000 personnes établie par le ministère français de l’intérieur est un gros mensonge », a ajouté Abdelmadjid Tebboune.