1200 médecins algériens ont réussi, en début d'année, les épreuves de vérification de connaissance qui leur permettraient d'émigrer en France et y exercer. Cette information a provoqué un tollé tant la question de la fuite des cerveaux a toujours été sensible chez les Algériens. Mais qu'est-ce qui fait courir les médecins algériens vers la France, sachant que 5000 médecins algériens exercent déjà dans les hôpitaux français ?

Il va falloir comprendre pourquoi les médecins algériens n'hésitent plus devant une occasion de quitter l'Algérie et d'exercer en France. Ce sera probablement utile le jour où les autorités algériennes vont décider de trouver les meilleurs moyens de les retenir et de faire en sorte que les Algériennes et les Algériens profitent de leur expertise.

Pour comprendre le phénomène, il faut d'abord savoir ce qu'un médecin algérien est susceptible de trouver en France s'il s'y rend pour exercer. Et la première attraction n'est autre que les salaires très attrayants que perçoivent les médecins en France. Qu'ils soient généralistes ou spécialistes, les médecins exerçant dans l'Hexagone peuvent susciter l'envie de leurs consœurs et leurs confrères en Algérie.

Combien gagnent les médecins en France

En moyenne, un médecin libéral touche annuellement 120 000 euros, donc environ 10 000 euros par mois, sachant que le salaire moyen en France est de 1 789 €. Bien entendu, les salaires des médecins diffèrent selon les spécialités, sachant que les mieux payés, ce sont toujours les radiothérapeutes (radiothérapie), les médecins nucléaires, les radiologues ainsi que les anesthésistes-réanimateurs.

Une petite analyse de ces spécialités explique ce classement par l'envergure de l'investissement (machines onéreuses) et les risques de contamination (radioactivité). C'est ainsi que les médecins en charge de la radiothérapie touchent environ 400 000 euros par an, alors que les médecins nucléaires perçoivent un peu moins de 300 000 euros, en moyenne. Les médecins radiologues et les anesthésistes-réanimateurs, quant à eux, ont des revenus qui tournent autour de 210 000 euros par an. Les médecins les moins bien rémunérés sont les pédiatres et les psychiatres qui touchent annuellement un peu moins de 90 000 euros.

Et pour un Algérien exerçant en Algérie, 90 000 euros, c'est 7 500 euros par mois qu'il faut multiplier par 210 pour avoir une idée sur le revenu en question en dinars. Donc, le médecin algérien imagine un salaire de 1 575 000 dinars par mois (plus de 150 millions de centimes) alors qu'il ne perçoit même pas 10 millions de centimes quand il est débutant, tout en sachant que le salaire moyen en Algérie est de 41 800 dinars. Selon son expérience et le service dans lequel il exerce, le médecin algérien n'a aucune motivation dans son travail. Il ne s'agit pas de comparer les salaires en France et en Algérie, mais de souligner le niveau de vie accessible à un médecin en France comparé à ce que peut se permettre un médecin en Algérie. En effet, un salaire de 7654 euros par mois vous place parmi les 1 % des salariés les mieux payés de France, alors qu'un salaire mensuel de 100 000 dinars vous permet tout juste de subvenir aux besoins d'une famille de 5 personnes.

Les autres raisons du départ des médecins algériens

Les moyens d'exercer la médecine

Il faut dire aussi que les établissements hospitaliers en France sont dotés de tous les équipements nécessaires pour l'exercice de la médecine. Le praticien, exerçant dans un hôpital public ou privé, n'aura pas besoin de demander au patient ou aux membres de sa famille d'aller faire des examens sanguins et/ou radiologiques, à l'extérieur de l'établissement. Le matériel mis à sa disposition est à la pointe de la technologie et éloigne le médecin de l'erreur médicale.

Il est utile de signaler que sur le plan social le médecin en France n'a pas de raison d'attendre une aide sociale de l'État. Avec un salaire aussi important, il se trouve une habitation facilement et se concentre entièrement sur son travail au service des malades. Quand on dit « se trouver » une habitation, il s'agit, en fait, d'un choix laissé au médecin parce qu'avec son salaire, il peut louer un beau gite ou même s'acheter un pavillon avec un crédit bancaire.

À la recherche de la méritocratie

La méritocratie est très présente dans le milieu médical en France et cela ne peut que séduire les médecins algériens, particulièrement ceux qui ont déjà été victimes de favoritisme dans différents concours de recrutement ou autres accès à des postes et promotions. Les nombreux scandales qui ont entaché la crédibilité des concours et des recrutements sont légion en Algérie et le secteur de la santé n'y a pas échappé.

Cela ne peut qu'encourager les médecins algériens, notamment ceux qui excellent dans leurs spécialités, à tout abandonner et tenter l'aventure dans l'Hexagone. Surtout que la gestion des établissements hospitaliers en Algérie laisse toujours à désirer, au point où les décès pour mauvaise gestion sont nombreux, comme les cas des incendies à l'intérieur des services et autres mauvaises prises en charge des malades.

À la recherche de la sécurité

Pire encore, les médecins sont toujours exposés aux violences en Algérie. Particulièrement quand des proches des malades ne sont pas contents de la prise en charge. Donc, les praticiens vivent toujours avec l'angoisse de l'insécurité, surtout dans des zones isolées. Combien de médecins et de paramédicaux agressés alors qu'ils étaient à l'intérieur des enceintes hospitalières ? Ils sont malheureusement nombreux et parfois les agresseurs bénéficient de l'impunité pour des raisons de circonstances particulières.

Et si les médecins algériens quittent l'Algérie pour exercer en France, c'est aussi pour ne plus vivre cette terrible angoisse. Parce que tout simplement, la mauvaise gestion dans les hôpitaux n'est pas généralisée dans les différentes régions de l'Hexagone. En plus, quand il y a dépassement, que ce soit des agressions ou du favoritisme dans les concours de recrutement ou de promotion, la justice peut être rendue, pour peu que les victimes déposent plainte et entament des procédures judiciaires.