Lors de la rencontre gouvernement-walis, qui a eu lieu au Palais des nations du Club des Pins, le chef de l’État algérien Abdelmadjid Tebboune s’est longuement étalé sur l’économie informelle, ainsi que sur la monnaie circulant hors circuit bancaire. Il a, dans ce contexte, appelé les barons de l’informel pour qu’ils déposent leur argent dans les banques. Un simple appel suffira-t-il ? Pas si évident que ça suggère un économiste algérien. 

Pour Mourad Goumiri, docteur d’État en économie, bancariser l’argent de l’économie informelle nécessite « une forte coordination entre les secteurs de l’État ». « Les décisions à prendre, analyse-t-il, sont interministérielles et concernent plusieurs départements, dont celui des Finances et de la Banque d’Algérie, ce qui signifie une forte coordination entre secteurs, et c’est le plus souvent le point faible de toute action gouvernementale depuis des années ».

Économie informelle en Algérie : Mieux la connaitre pour mieux la combattre

Pour que la bancarisation réussisse, « il faut, en premier lieu, définir une stratégie claire et déterminée des objectifs à atteindre pour cette opération », a déclaré Mourad Goumiri dans un entretien accordé au journal El Watan. L’économiste suggère qu'il faut répondre à des questions préalables : pourquoi les Algériens ont une préférence pour la liquidité ? Quelles sont leurs motivations et pourquoi prennent-ils le risque du marché informel ? « Les réponses à ces questions nous indiquent les mesures à prendre pour diminuer, voire éradiquer le problème », insiste l’économiste.

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D’autres questions concernant l’économie informelle nécessitent des réponses si l’on veut mieux combattre le phénomène. Mourad Goumiri en fait une petite liste : « où en est la monétique ? Pourquoi le droit de change annuel est de 98 euros par Algérien lors d’un séjour à l’étranger ? Quid des niveaux des taux d’intérêt créditeurs, débiteurs et du marché interbancaire, du marché financier et de la Bourse ? Comment gérer la dette intérieure du Trésor public, vis-à-vis de la BA ? Quelle politique d’émission d’effets publics pour éponger les excédents monétaires et financiers ? ». Ce sont, de l’avis de Mourad Goumiri, « autant de questions restées sans réponse pour l’instant ! ».

L'Algérie devrait-elle changer de monnaie ?

Mourad Goumiri a, dans ce sens, préconisé, le développement « de modèles économétriques sophistiqués pour mesurer au plus près la masse monétaire qui, par ailleurs, est très volatile et varie au quotidien, en fonction des opportunités nombreuses offertes par le marché parallèle... ». « La fausse solution est celle qui consiste à changer de monnaie », précise-t-il, rappelant que « nous l’avons déjà tenté lors du retrait des coupures de 500 dinars ». « […] Cette opération fut un désastre complet », a-t-il déclaré. Et de conclure : « par contre, l’opération d’émission d’effets publics à terme contre un droit de change en devises fut un succès total et des milliards de dinars furent bancarisés en un temps record ».