France : voici pourquoi les travailleurs étrangers restent sans titres de séjour

Alors que les chiffres officiels sur les titres de séjour en France viennent d’être rendus publics, plusieurs associations alertent sur les conséquences concrètes de la dématérialisation des démarches. En cause : des dysfonctionnements persistants de l’ANEF, la plateforme en ligne dédiée aux demandes de titres de séjour, qui plongent certains travailleurs étrangers dans des situations administratives complexes.

Selon le ministère de l’Intérieur, 384 230 premiers titres de séjour ont été délivrés en 2025, soit une hausse de 11,2 % par rapport à 2024. Ces données ont été publiées ce mardi 27 janvier 2026 par la Direction générale des étrangers en France (DGEF). Cette augmentation concerne l’ensemble des motifs de délivrance, notamment étudiant, familial, humanitaire et économique.

Dans le même temps, une dizaine d’associations dénoncent les lenteurs des procédures de demande et de renouvellement sur l’Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF). Elles estiment que les délais excessifs et les erreurs techniques ont des effets directs sur le droit au séjour, à l’emploi et à la mobilité des personnes concernées.

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Des recours engagés contre l’ANEF

Face à ces difficultés, plusieurs associations ont déposé au printemps 2025 un recours pour “carence fautive” devant le Conseil d’État. Elles qualifient l’ANEF « d’outil à fabriquer de la précarité », évoquant des dossiers bloqués pendant plusieurs mois sans réponse claire de l’administration.

Les associations pointent notamment l’impossibilité de rencontrer un agent en préfecture depuis la généralisation de la dématérialisation. Les échanges se font exclusivement par voie électronique, avec des réponses jugées inadaptées ou tardives, ce qui complique la régularisation administrative des travailleurs étrangers en activité.

Des travailleurs privés de titres de séjour

Neil et Adriaan, deux ressortissants sud-africains, vivent en France depuis plus de dix ans et sont mariés à des Françaises. Neil indique à Franceinfo que sa demande déposée sur l’ANEF le 2 juin 2025 est toujours « en cours d’instruction » après huit mois d’attente. Adriaan, designer industriel, a attendu un an pour obtenir son nouveau titre de séjour.

Pendant cette période, le site génère une attestation provisoire en PDF, mais des bugs ont laissé Adriaan sans aucun document pendant un mois. « Mon travail a demandé des preuves que je puisse rester en situation régulière », explique-t-il. Il a également annulé deux déplacements professionnels par crainte de ne pas pouvoir revenir en France.

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Des conséquences sociales et professionnelles lourdes

Certaines situations ont des répercussions plus graves. Angèle, ressortissante ivoirienne, travaille comme femme de chambre dans un hôtel et réside dans une structure Emmaüs. En situation régulière depuis 2017, elle a déposé une demande de renouvellement en avril 2024. Après un an et demi d’attente, elle a perdu son CDI en juillet 2025, faute de justificatifs continus.

La préfecture lui a ensuite refusé le renouvellement de son titre en raison de la perte de son emploi. Sa travailleuse sociale, Dianaba, explique que ces interruptions administratives ont fragilisé son hébergement et son insertion professionnelle.

Le ministère de l’Intérieur n’a pas apporté d’explication détaillée à ces lenteurs, indiquant toutefois « faire des efforts pour relever le défi de la transition numérique ». Entre 2023 et 2024, le délai moyen de traitement des premières demandes est passé de 143 jours à 182 jours (+27 %), tandis que celui des renouvellements est passé de 76 à 95 jours (+25 %).


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