En Algérie, obtenir un rendez-vous pour une demande de visa Schengen est devenu une étape difficile pour de nombreux candidats. Entre les créneaux limités, les longues attentes et le recours à des intermédiaires, plusieurs demandeurs dénoncent un système devenu complexe avant même l’examen de leur dossier.
Une enquête publiée ce jeudi 28 mai 2026 par Twala, menée avec Lighthouse Reports et 13 médias répartis dans 12 pays, s’intéresse au fonctionnement du traitement des visas et au rôle joué par VFS Global dans la gestion administrative des demandes déposées par les ressortissants algériens. Selon l’enquête, de nombreux Algériens rencontrent des difficultés lors de la prise de rendez-vous pour un visa Schengen. Certains demandeurs évoquent des pages internet instables, des créneaux qui disparaissent rapidement ou des comptes bloqués sans explication.
VFS Global, société privée chargée pendant plusieurs années de gérer une partie des procédures administratives de visas pour plusieurs pays européens, ne décide pas de l’attribution des visas. Cette décision appartient aux consulats et aux États concernés, notamment la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Grèce ou la Suisse.
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L’entreprise intervient toutefois dans plusieurs étapes du processus, comme la prise de rendez-vous, la collecte des dossiers, les notifications et la gestion des données biométriques. Un rapport interne transmis à la Commission européenne indiquait qu’en 2022, le délai moyen pour obtenir un rendez-vous au centre VFS d’Alger atteignait 36 jours pour certaines demandes liées à la France.
Visa Schengen : des intermédiaires profitent de la pénurie des rendez-vous
L’enquête explique que la rareté des rendez-vous a favorisé le développement d’un marché parallèle autour des créneaux disponibles. Des intermédiaires proposeraient des rendez-vous payants à des demandeurs confrontés à des délais importants. Selon les informations relayées par Twala, certains systèmes automatisés seraient utilisés pour réserver rapidement des créneaux avant leur revente à d’autres personnes.
Le cas de la Hongrie à Alger est également cité. En 2023, le contrat entre la Hongrie et VFS Global à Alger a été interrompu après des soupçons de réservations réalisées sous de fausses identités. Ces rendez-vous auraient ensuite été revendus à des demandeurs réels. VFS Global affirme, de son côté, avoir mis en place des dispositifs destinés à limiter l’utilisation de robots automatisés et à garantir un accès équitable aux rendez-vous disponibles.
Une activité qui génère des revenus importants
Les documents financiers consultés dans le cadre de l’enquête montrent une progression importante des revenus liés au traitement des demandes de visas. Les profits opérationnels de VFS Global seraient passés de 39 millions d’euros en 2017 à 173 millions d’euros en 2024. Le revenu moyen par dossier aurait augmenté de 19 à 34,7 euros sur la même période. En Algérie, la filiale locale de VFS Global a enregistré un chiffre d’affaires de 2,27 milliards de dinars en 2023. Le bénéfice net est estimé à 471,6 millions de dinars, selon les comptes cités dans l’enquête.
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Plusieurs services additionnels sont également proposés aux demandeurs. À Alger, un salon premium pour certaines destinations européennes peut coûter plus de 10 000 dinars. D’autres prestations sont facturées, notamment l’envoi de documents, les SMS de suivi, les photographies ou l’aide au remplissage des formulaires.
Selon les chiffres du ministère français de l’Intérieur relayés dans l’enquête, 250 085 visas ont été délivrés à des ressortissants algériens en 2024. Avec un taux de refus de 34,8 % cité par le Sénat français, le nombre total de dossiers examinés dépasserait 383 000 demandes.
Les données personnelles des demandeurs suscitent des questions
Les demandes de visas impliquent la transmission de nombreuses données personnelles. Les candidats fournissent notamment leurs passeports, leurs relevés bancaires, leurs justificatifs de revenus, leurs liens familiaux, leurs réservations de voyage et parfois leurs données biométriques.
En Algérie, la protection des données personnelles est encadrée par la loi n°18-07 du 10 juin 2018. L’Autorité nationale de protection des données à caractère personnel a été officiellement installée le 11 août 2022. L’enquête soulève des questions concernant le stockage, la circulation et la gestion de ces informations dans un système impliquant plusieurs acteurs privés et publics.
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Depuis avril 2025, la France a remplacé VFS Global et TLS par la société Capago pour le traitement des demandes de visas en Algérie. Selon un ancien agent du ministère français des Affaires étrangères cité dans l’enquête, cette décision faisait suite aux difficultés persistantes liées aux rendez-vous et à une perte de confiance entre les demandeurs et les sociétés concernées.
