La sortie de la crise sanitaire aurait pu se faire en douceur si ce n'est la guerre en Ukraine qui est venue chambouler les dirigeants des compagnies aériennes mondiales. Cette situation maintient les compagnies aériennes dans la difficulté et fait planer sur elles le danger de faillite, comme certaines qui n'ont pas résisté à la pandémie, à l'instar de la compagnie sud-africaine Comair, mise en liquidation en juin 2022.

C'est ce qui fait réagir l'Association du transport aérien international (IATA), qui a interpellé, à maintes reprises, les gouvernements ou les autorités sanitaires des pays pour éviter de sanctionner les intervenants du transport aérien[1]Nombre de vols et ouverture des frontières : l'IATA interpelle les gouvernements. C'est le cas aujourd'hui pour le vice-président régional de l'IATA pour l'Afrique et le Moyen-Orient, Kamil Alawadhi, qui interpelle les gouvernements d'Afrique sur un nécessaire soutien à l'aviation africaine.

La reprise post-pandémique de l'aviation devait être inégale d'un marché à l'autre et dépendre de facteurs financiers et économiques, des politiques gouvernementales et de l'assouplissement des restrictions et des exigences de voyage, pense le responsable de l'IATA, qui n'oublie pas que l'arrêt de 2020 provoquée par la crise sanitaire a fait accumuler des dettes aux compagnies aériennes, aux aéroports, aux prestataires de services au sol et à d'autres fournisseurs de services.

Des dettes à rembourser et une baisse du trafic mettent en danger les compagnies aériennes

Et tous ces intervenants dans le transport aérien doivent aujourd'hui rembourser leurs dettes, mais si les gouvernements des différentes régions du monde ont mis la main à la poche pour apporter leur soutien sous différentes formes (dons, prêts ou services), en Afrique, les gouvernements ont été moins enclins à apporter une aide, pourtant nécessaire, aux différents intervenants dans le secteur du transport aérien, particulièrement les compagnies aériennes.

Pour Kamil Alawadhi, en Afrique, il n'y a pas le chaos vécu par les compagnies aériennes et les aéroports de l'hémisphère nord, mais leur rétablissement et leur durabilité sont affectés puisqu'ils dépendent beaucoup du trafic nord-sud. Mais pas seulement, puisqu'ils sont confrontés à d'autres facteurs, qui devraient interpeller les gouvernements des pays africains, s'ils ne veulent pas que les compagnies aériennes du continent ne déclarent faillite.

De nombreux autres facteurs menacent les compagnies aériennes

De nombreux facteurs menacent, en effet, les compagnies aériennes qui ont survécu tant bien que mal au covid-19. Ces facteurs comprennent l'augmentation des redevances pour les infrastructures et d'autres services, car les aéroports, les fournisseurs de services de navigation aérienne, les organismes de réglementation et d'autres fournisseurs cherchent à récupérer les revenus perdus et à couvrir leurs coûts inflationnistes, estime le responsable régional de l'IATA. D'ailleurs, dans certains pays comme le Nigéria, le Zimbabwe, l'Éthiopie et l'Érythrée, la pénurie de devises incite certains gouvernements à « bloquer ou à limiter sévèrement le rapatriement de plus de 800 millions de dollars de revenus des compagnies aériennes étrangères provenant des ventes dans ces territoires ».

Enfin, la guerre en Ukraine a induit une hausse vertigineuse des prix des hydrocarbures qui a, à son tour, fait monter les prix des carburants. C'est un gros casse-tête pour les compagnies aériennes. Car selon l'analyse de l'IATA[2]African airlines deserve more than lip service, IATA, le prix moyen du kérosène en Afrique est supérieur à la moyenne mondiale. À 160,63 dollars le baril pendant les 10 premiers jours de juillet, le kérosène pour avion à réaction a augmenté de 79,9 % par rapport à la même période de l'année dernière. Tout cela explique la nécessité pour les gouvernements africains d'apporter leur aide aux compagnies aériennes du continent.

Air Algérie augmente les prix pour pallier l'absence d'une aide de l'État

D'ailleurs, si l'on prend le cas de la compagnie aérienne nationale Air Algérie, l'on comprendra très vite les propos tenus par le responsable régional de l'IATA. La compagnie algérienne est vilipendée de partout en raison des prix qu'elle affiche durant cette saison estivale[3]Air Algérie ne baissera pas ses prix cet été. En fait, il est fort probable qu'Air Algérie ait augmenté ses prix pour qu'elle ne connaisse pas la faillite, après des milliards et des milliards de pertes en raison de la crise sanitaire et de l'après-crise sanitaire[4]Air Algérie : Pourquoi le billet d'avion est si cher ?.

C'est ce qu'explique en partie la représentante d'une agence de voyages basée à Lille, dans le nord de la France, qui a lié les prix élevés d'Air Algérie à l'absence d'une aide de l'État algérien à la compagnie aérienne nationale[5]Cherté des billets : « voyager en Algérie, c'est comme acheter une voiture en France ». « Malheureusement, elles n'étaient pas aidées par l'État comme l'était Air France ici, elles doivent donc augmenter les prix. Ce sera moins cher à partir de septembre, mais le problème ne sera pas réglé avant 2025 ! » a en effet affirmé une représentante de l'agence Soleil Voyages en évoquant le cas des compagnies algériennes – soit Air Algérie et Tassili Airlines.