Pour le commun des Algériens, un pilote chez Air Algérie touche un salaire faramineux. Nombreux sont ceux qui accusent les pilotes de voracité lorsque ces derniers réclament une augmentation de salaire ou un quelconque avantage d'ordre social. D'autres les accusent carrément de « chantage » et de « manque de patriotisme », lorsqu'ils décident de quitter la compagnie nationale pour rejoindre une autre entreprise de transport.

Pilote de ligne : Quel engagement ?

Pour espérer devenir pilote de ligne en Algérie, le candidat doit avoir un baccalauréat scientifique, technique ou mathématique ponctué par des études de 5 ans dans une école d'ingénieurs. Ce n'est pas fini : le futur pilote doit suivre une formation dans une école d'aviation civile dans le but d'obtenir une licence de pilote de ligne (ATPL). Des études qui peuvent coûter, à la longue, des milliers d'euros (de 25'000 € et 65'000 €)[1]Combien coûte la formation ? quel est le prix d’une formation de pilote de ligne ?, PiloteCadet.fr. Et à chaque type d'appareil, il faut être titulaire de licences correspondantes, car un Boeing 737 diffère d'un Airbus A330.

Intérieur du cockpit d'un Boeing

Intérieur du cockpit d'un Boeing

La carrière d'un jeune pilote débute en tant qu'officier pilote (first officer, co-pilote) sur les vols moyen-courriers. Au bout de 4 ans, il pourra postuler pour les vols long-courriers. Pour devenir commandant de bord, le postulant doit justifier d'une expérience de 10 à 12 ans en tant que copilote, selon la compagnie aérienne, pour atteindre ce statut (l'on parle aussi d'heures de vol et non d'années d'expérience). Chez Air Algérie, cette expérience peut aller jusqu'à 15 années.

Les pilotes sont-ils bien payés ?

Bien entendu, le métier de pilote de ligne est très séduisant. Il est présenté au sein de la société comme le métier de rêve. C'est surtout par rapport aux avantages qu'il offre à son titulaire, à commencer par le salaire. Mais le salaire du pilote de ligne diffère d'une compagnie aérienne à une autre en raison notamment de la concurrence. Ces différences salariales se caractérisent aussi en fonction du statut de copilote ou de commandant de bord.

L'un des éléments déterminant le salaire d'un pilote, en plus de l'ancienneté, est le type de l'appareil commandé et du vol effectué (moyen-courrier ou long-courrier). Le pilote qui effectue un vol à bord d'un Boeing 737 n'est pas rémunéré au même titre que celui qui commande un Airbus A320. Et un vol moyen-courrier Alger-Paris n'est pas payé comme un vol long-courrier Alger-Montréal par exemple.

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Comme le métier de pilote de ligne est très demandé sur le marché de l'aviation civile, les compagnies aériennes se font la concurrence pour s'offrir les meilleurs pilotes. C'est un peu comme dans le monde du football professionnel. À ceci près que la nationalité du pilote, contrairement à celle d'un footballeur, n'a aucune importance. Et ce qui compte pour une compagnie aérienne, comme pour un club de football professionnel, ce sont les qualités et les compétences du pilote.

Quel est le salaire des pilotes d'Air Algérie ?

En Algérie, le métier du pilote est très estimé dans la société. Pour le commun des Algériens, un pilote de ligne au sein de la compagnie Air Algérie est grassement payé. Une idée très répondue au sein de la société, qui peut s'avérer juste lorsqu'on compare les salaires des pilotes pilote à ceux des autres métiers de cols blancs, à l'instar des ingénieurs de la Sonatrach ou des spécialistes en médecines dans les CHU.

Dans l'absolu, le postulat est donc correct, car un pilote au sein d'Air Algérie touche un salaire plus élevé que les autres métiers cités. Mais ce qu'il faudra surtout prendre en compte est que le pilote de ligne, en plus du nombre d'années d'études (minimum bac+5), est soumis à des formations continues et tout au long de sa carrière. Le pilote effectue en moyenne un examen tous les 6 mois en plus des exigences que requiert ce métier à tous les niveaux (horaires de travail, exigences en matière d'heures de sommeil, responsabilité, etc.).

Chez Air Algérie, un pilote de ligne touche actuellement un salaire moyen de 8 millions de dinars par année pour un commandant de bord avec ancienneté, et entre 4 millions et 5 millions de dinars par an pour un officier pilote, selon des chiffres publiés anonymement par des employés de la compagnie nationale sur le site Glassdoor. Si l'on convertit ces salaires en euros, cela donnera au marché parallèle une rémunération entre 2700 € et 4500 € par mois pour un pilote expérimenté et entre 2000 € et 3000 € par mois pour un officier pilote. Ces sommes sont toutefois à mettre en perspective avec ce qu'offrent les autres compagnies aériennes.

Les salaires des pilotes de la Royal Air Maroc et de Tunisair

En comparant les salaires que touchent les pilotes d'Air Algérie avec ceux des autres compagnies internationales, on remarque le grand retard qu'accuse la compagnie nationale algérienne en la matière.

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Selon le site marocain Le360, un pilote de la Royale Air Maroc (RAM) touche entre 48'000 et 52'000 dirhams par mois, soit entre 4320 € et 4680 € par mois. Les pilotes étrangers recrutés par la RAM, pour leur part, perçoivent 6700 euros par mois, selon la même source[2]Salaires : Combien perçoivent les pilotes de la RAM ?, Le360.

Si les pilotes de la compagnie marocaine sont mieux rémunérés que ceux d'Air Algérie, les pilotes de la compagnie nationale tunisienne Tunisair, eux, ne sont pas mieux lotis. En effet, selon le président de la Fédération tunisienne des pilotes de ligne, Karim Elloumi, le salaire du pilote en Tunisie ne représente que la moitié de celui de son collègue algérien, et environ le tiers du salaire de son collègue de la Royal Air Maroc. Le salaire d'un pilote de Tunisair oscille entre 1700 et 1900 euros par mois, selon le site Glassdoor. Une situation qui a poussé, en octobre dernier, une quinzaine de pilotes à quitter Tunisiar pour rejoindre la compagnie Air Sénégal[3]Des pilotes fuient Tunisair pour rejoindre Air Sénégal.

Combien touche un pilote chez la compagnie française Air France ?

Mais c'est lorsqu'on compare les salaires touchés par les pilotes d'Air Algérie avec leurs collègues des autres compagnies internationales que l'on constate l'étendue de l'écart. Si l'on prend par exemple la compagnie Air France, elle peut rémunérer ses pilotes jusqu'à 15'000 euros par mois. Mieux encore, le salaire d'un pilote aux commandes d'un Boeing 747 touche un salaire brut de 17371 euros par mois, selon le site Reconversion professionnelle[4]Salaire pilote de ligne : combien gagne un pilote de ligne en 2022, Reconversion professionnelle.

Salaire des pilotes : Air Algérie ne fait pas mieux que les compagnies low-cost comme Transavia

Même les compagnies low-cost, qui n'effectuent pourtant que des vols moyen-courriers, accordent des salaires plus avantageux à leurs pilotes par rapport à la compagnie Air Algérie. La compagnie low-cost Transavia, filiale de KLM, accorde un salaire de 6358 euros par mois à ses pilotes, alors que chez la compagnie Hop!, une filiale d'Air France, le salaire d'un pilote se situe entre 10'000 et 11'000 euros par mois.

Des salaires qui sont loin de ceux que touchent les pilotes d'Air Algérie, même avec une longue ancienneté. D'ailleurs, les pilotes de la compagnie algérienne, qui ont mis en veilleuse leurs revendications salariales à la suite de crise sanitaire, sont revenus à la charge depuis la reprise des activités de la compagnie en juin 2021. À travers leur syndicat, ils réclament désormais une prise en charge de leurs revendications à caractère « social ».

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Les pilotes d'Air Algérie vont-ils céder aux convoitises des autres compagnies ?

Dans une déclaration en avril dernier au journal El Khabar, le représentant du Syndicat des pilotes de ligne algériens (SPLA), Khaled Khelifati, a indiqué que les pilotes d'Air Algérie sont privés de l'avantage de bénéficier de 3 billets d'avion par année ainsi que des frais de missions[5]Air Algérie : Les pilotes veulent garder leurs privilèges et menacent d'entrer en grève. Cette question de billets « gratuits », assimilée par certaines voix à des « avantages indus », a fait réagir le SPLA à travers un communiqué publié le 3 août[6]Accusés de profiter d'Air Algérie, les pilotes se défendent.

Les  pilotes de ligne de la compagnie algérienne, qui ne cessent de tirer la sonnette d'alarme sur leur situation socioprofessionnelle, ne vont certainement pas rester les bras croisés. Déjà en avril dernier, le président du SPLA avait révélé que « 100 pilotes sur les 500 qui exercent chez Air Algérie préparent leurs dossiers pour rejoindre d'autres compagnies aériennes étrangères »[7]Saignée chez Air Algérie alors qu'une centaine de pilotes se prépare à quitter la compagnie.

Cet avertissement doit être pris au sérieux par la direction de la compagnie nationale, à sa tête le nouveau PDG Yacine Benslimane. Ce dernier, qui a hérité d'une situation catastrophique à tous les niveaux , doit se pencher sérieusement sur la question des salaires de ses pilotes[8]Situation financière d'Air Algérie : Les syndicats contredisent la direction. Ces derniers qui sont très convoités par de nombreuses compagnies étrangers, notamment celles des pays du Golfe à l'image de Qatar Airways, Ettihad et Emirates Airlines, ne vont certainement pas accepter leur situation actuelle avec Air Algérie pour très longtemps.