Fin du cash et banques en ligne : l’Algérie change les règles

L’Algérie entame une réforme structurelle de son système bancaire. La Banque d’Algérie (BA) vient de faire évoluer le cadre réglementaire afin d’introduire de nouveaux acteurs financiers et de favoriser la digitalisation des services. L’objectif est clair : réduire l’utilisation du cash, intégrer davantage de citoyens au système bancaire formel et aligner le pays sur les standards internationaux.

La réforme repose sur la Loi Monétaire et Bancaire promulguée en juin 2023. Ce texte actualise la législation en vigueur depuis les années 1990, désormais inadaptée aux évolutions technologiques. Dans la foulée, la Banque d’Algérie a publié une série de règlements et d’instructions visant à établir un environnement favorable à la modernisation du secteur.

Ce cadre ouvre l’accès au marché bancaire à de nouvelles structures : banques d’affaires, bureaux de change, prestataires de services de paiement (PSP) et banques digitales. Le rôle de l’autorité monétaire est désormais étendu à la supervision de ces entités, avec des conditions spécifiques d’agrément et des champs d’activité clairement définis.

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Réduire la dépendance au cash

L’économie algérienne reste fortement dominée par l’usage du cash, en raison notamment de la faible bancarisation et de l’insuffisance des infrastructures de paiement électronique. Pour inverser cette tendance, la Banque d’Algérie autorise désormais les PSP à opérer légalement. Ces opérateurs, déjà implantés dans de nombreux pays, sont conçus pour traiter des transactions en ligne et fluidifier les flux financiers hors circuit fiduciaire.

Les PSP agiront comme interfaces techniques entre les commerçants, les consommateurs et les établissements bancaires. Leur présence vise à renforcer l’écosystème du e-commerce, en plein développement en Algérie. Selon le Groupement d’Intérêt Économique de la Monétique (GIE Monétique), plus de 600 sites marchands sont aujourd’hui affiliés au système national de paiement sur internet.

Ouverture des banques digitales

Le nouveau règlement encadre également la création de banques digitales. Il s’agit d’établissements proposant des services exclusivement en ligne, via des plateformes web ou des applications mobiles. Contrairement aux banques classiques, ces entités n’exigent pas de présence physique. Leur modèle repose sur l’automatisation des opérations bancaires, l’accès à distance et une interaction dématérialisée avec le client.

Le texte définit la banque digitale comme un établissement "offrant des services et produits bancaires exclusivement via des canaux, plateformes et supports digitaux". Cette configuration permettrait d’atteindre une clientèle plus large, notamment les jeunes et les habitants des zones rurales, en réduisant les coûts d’accès aux services financiers.

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Un chantier de transformation systémique

La réforme s’inscrit dans une dynamique plus large visant à moderniser l’ensemble de l’architecture financière. Elle prévoit à terme le développement de la signature électronique, la mise à niveau des systèmes informatiques bancaires et l’amélioration de l’interopérabilité entre les acteurs.

L’infrastructure actuelle demeure limitée. Pour accompagner cette transition, un effort substantiel en matière d’équipement numérique et de cybersécurité est requis. La Banque d’Algérie devra également renforcer ses capacités de régulation, afin de superviser efficacement des modèles d’activité hybrides ou entièrement dématérialisés.

Un changement pour le système bancaire

La transformation engagée ne vise pas uniquement à intégrer des technologies. Elle s’inscrit dans une logique de diversification des modes de paiement, de fluidification des circuits économiques et de lutte contre l’informel. En réduisant le volume de cash en circulation, le pays espère gagner en transparence, améliorer la traçabilité des flux et faciliter l’inclusion financière.

Ce changement de paradigme ne sera effectif que si les opérateurs traditionnels, les nouveaux entrants et les usagers s’approprient les outils mis à disposition. Le cadre est posé ; sa réussite dépendra désormais de la mise en œuvre technique, de la pédagogie financière et de l’adhésion progressive des citoyens à un modèle fondé sur la transaction numérique.

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