Le mariage des sans-papiers en France revient au cœur du débat public. Selon un sondage CSA pour Europe 1, CNEWS et le JDD publié le 21 mai 2026, 73 % des Français estiment qu’il faut interdire les mariages lorsqu’une des deux personnes est un étranger en situation irrégulière.
L’affaire Robert Ménard donne une résonance particulière à cette question. Le maire de Béziers doit être jugé le 30 septembre devant le tribunal correctionnel de Montpellier pour avoir refusé, en 2023, de célébrer le mariage d’une Française avec un ressortissant algérien visé par une obligation de quitter le territoire français.
Mariage des sans-papiers en France : un sondage controversé
La question posée aux Français est directe : faut-il interdire les mariages quand l’une des deux personnes est un étranger en situation irrégulière ? Selon le sondage CSA pour Europe 1, CNEWS et le JDD, 73 % des personnes interrogées répondent oui. Ce chiffre reste élevé, même s’il recule légèrement par rapport à février 2025, où 75 % des Français se disaient favorables à une telle interdiction.
Le résultat traduit une tendance lourde de l’opinion française sur les questions migratoires. Dans le débat public, l’OQTF est devenue un marqueur politique. Pour une partie des Français, une personne visée par une obligation de quitter le territoire ne devrait pas pouvoir se marier en France tant que sa situation administrative n’est pas régularisée.
Un sondage à lire avec prudence
Mais ce sondage doit aussi être lu avec prudence. Les enquêtes CSA commandées par Europe 1, CNEWS et le JDD sont régulièrement pointées du doigt par leurs détracteurs, notamment lorsqu’elles portent sur l’immigration, l’islam, la sécurité ou l’identité nationale. Plusieurs critiques leur reprochent un cadrage jugé très clivant, voire susceptible d’alimenter une perception discriminatoire de certaines populations, en particulier des étrangers, des musulmans ou des personnes issues de l’immigration.
Dans ce cas précis, la formulation de la question associe directement le mariage, droit fondamental protégé en France, à l’irrégularité du séjour. Pour les défenseurs des libertés publiques, ce cadrage peut orienter la perception du public en présentant les étrangers sous OQTF comme suspects par principe, y compris lorsque l’union est sincère. Le chiffre de 73 % donne donc une indication politique forte, mais il ne résume ni la complexité juridique du sujet, ni la diversité des situations humaines concernées.
Le sujet est d’autant plus sensible qu’en droit français, la situation irrégulière d’un étranger ne suffit pas, à elle seule, à empêcher un mariage. Le Conseil constitutionnel a déjà rappelé, dans sa décision de 2003, que la liberté du mariage s’oppose à ce que le seul caractère irrégulier du séjour fasse obstacle à l’union d’une personne étrangère.
Des jeunes moins favorables à l’interdiction, les seniors beaucoup plus fermes
Le sondage révèle aussi une fracture générationnelle nette. Chez les moins de 35 ans, 64 % des personnes interrogées se disent favorables à l’interdiction du mariage lorsqu’un futur époux est étranger en situation irrégulière. Le niveau reste majoritaire, mais il est moins élevé que dans les autres tranches d’âge.
Chez les 50 ans et plus, l’adhésion atteint 79 %. Elle monte même à 82 % chez les 65 ans et plus. Ce décalage illustre deux rapports différents au sujet : les plus jeunes semblent davantage sensibles à la liberté individuelle et à la situation des couples mixtes, tandis que les plus âgés se montrent plus favorables à une ligne stricte sur l’immigration irrégulière.
Les écarts entre hommes et femmes sont plus limités. Selon le sondage, 75 % des hommes soutiennent l’interdiction, contre 72 % des femmes. Les différences sociales sont également moins marquées : 71 % des CSP+, 73 % des CSP- et 76 % des inactifs se prononcent en faveur de la mesure.
