Les médecins étrangers à diplôme hors Union européenne occupent une place importante dans les hôpitaux français, notamment dans plusieurs spécialités confrontées à des difficultés de recrutement. Malgré leur contribution au fonctionnement des établissements de santé, nombre d’entre eux dénoncent des conditions de travail précaires et des obstacles administratifs persistants. Leur situation suscite des interrogations alors que la France fait face à une pénurie de médecins dans plusieurs territoires.
Les praticiens à diplôme hors Union européenne, souvent désignés sous l’acronyme PADHUE, ont été largement sollicités durant la pandémie de Covid-19 pour renforcer les effectifs de l’hôpital public français. Médecins, pharmaciens et spécialistes formés hors de l’Union européenne ont participé à la prise en charge des patients dans de nombreux établissements de santé.
Parmi eux figure Hadjira, pharmacienne hospitalière dans un établissement public de Seine-Saint-Denis. Originaire d’Algérie, elle a effectué cinq années d’études avant de rejoindre ses parents installés en France. Mariée et naturalisée française, elle reste pourtant considérée comme une praticienne à diplôme hors Union européenne dans le cadre de son parcours professionnel.
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Selon son témoignage, les besoins de l’hôpital public pendant la crise sanitaire ont conduit de nombreux professionnels étrangers à rejoindre les établissements français. Elle explique avoir répondu à cet appel durant la période du Covid-19 afin d’exercer dans le système hospitalier français.
Des rémunérations et des carrières jugées insuffisantes
Plusieurs praticiens dénoncent une situation de précarité qui se prolonge parfois pendant plusieurs années. Malgré leurs qualifications et leur expérience, certains exercent sous le régime d’autorisations temporaires leur permettant de travailler à titre dérogatoire.
Hadjira affirme ainsi être restée dans une situation précaire durant plus de quatre ans malgré plusieurs tentatives pour obtenir une reconnaissance complète de ses compétences. Elle indique également avoir obtenu quatre diplômes universitaires dans sa spécialité afin de renforcer son dossier.
📻 A VISAGE DÉCOUVERT
🇫🇷🇩🇿 L’apport des médecins franco-algériens formés à l’étranger au cœur du débat sur l’hôpital public français
Cette émission porte sur le rôle essentiel des médecins franco-algériens diplômés à l’étranger, alors même que leurs diplômes restent parfois… pic.twitter.com/wUe6CfNx6x
— radioorient (@radioorient) May 30, 2026
Le Dr Mehdi Smati, médecin réanimateur formé en Algérie, évoque une situation comparable. Après avoir suivi sept années de médecine générale puis cinq années de spécialisation, il exerce en France dans les mêmes services que ses collègues. Pourtant, il affirme percevoir un salaire compris entre 1 400 et 1 800 euros par mois.
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Selon lui, de nombreux praticiens restent bloqués dans un statut administratif transitoire pendant plusieurs années. Cette situation limite leur évolution professionnelle et peut empêcher leur accès à certains postes ou responsabilités.
Le concours EVC au centre des critiques
Pour obtenir une autorisation durable d’exercer en France, les PADHUE doivent réussir les épreuves de vérification des connaissances (EVC). Ce concours est obligatoire pour les diplômés de médecine formés hors de l’Union européenne souhaitant poursuivre leur carrière sur le territoire français.
La procédure fait l’objet de critiques de la part de plusieurs élus et représentants du secteur hospitalier. En janvier 2024, le député Philippe Juvin (Les Républicains), chef du service des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou à Paris, a interpellé la ministre de la Santé Catherine Vautrin à l’Assemblée nationale.
Il a notamment évoqué la décision de retenir 2 700 candidats sur 20 000, estimant que la France avait besoin de davantage de médecins pour répondre aux difficultés rencontrées dans les hôpitaux. Selon lui, un système reposant sur un examen plutôt que sur un concours permettrait de mieux répondre aux besoins du secteur.
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Les chiffres relatifs à la régularisation des praticiens illustrent également la complexité du dispositif. En avril 2023, sur 3 363 dossiers examinés dans le cadre de la loi dite « stock » du 24 juillet 2019, 12 % ont reçu un avis défavorable, 38 % ont obtenu une autorisation immédiate d’exercer et 50 % ont été orientés vers des stages complémentaires avant une éventuelle validation définitive.
La crainte d'une expulsion malgré la pénurie de médecins
La situation administrative de certains praticiens suscite également des inquiétudes. Plusieurs médecins étrangers redoutent de faire l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) s’ils ne parviennent pas à régulariser leur statut dans les délais imposés.
Selon Mehdi Smati, certains professionnels étaient initialement concernés par une échéance fixée au 31 décembre 2023, avant un report à 2025. Cette question a été évoquée par le président Emmanuel Macron lors de son intervention télévisée du 16 janvier 2024.
Cette situation intervient alors que le ministère de la Santé indique que les médecins étrangers représentent chaque année entre 12 % et 15 % des nouveaux inscrits au tableau de l’Ordre des médecins. Plusieurs services hospitaliers, notamment les urgences, la psychiatrie, la pédiatrie ou encore la réanimation, s’appuient sur ces professionnels pour assurer la continuité des soins.
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Face aux difficultés de recrutement et à l’existence de nombreux déserts médicaux, les représentants des PADHUE demandent une simplification des procédures et une reconnaissance plus rapide de leurs qualifications. Ils estiment que leur contribution au système de santé français devrait être davantage prise en compte dans les décisions administratives qui conditionnent leur avenir professionnel.
