L’Espagne s’apprête à lancer l’une des plus vastes opérations de régularisation de migrants de son histoire. Un projet de loi, actuellement examiné au Parlement, pourrait accorder un statut légal à près d’un demi-million de personnes en situation irrégulière. Cette initiative, soutenue par des mouvements citoyens et des organisations sociales, vise à résoudre des enjeux à la fois humanitaires et économiques.
Le gouvernement espagnol a décidé de reprendre à son compte une proposition de loi d’origine citoyenne, permettant ainsi son examen accéléré au Parlement, rapporte ce mercredi 21 mai Radio France. Le texte, qui doit encore être négocié avec les différents groupes politiques, prévoit d’accorder une "autorisation pour circonstances exceptionnelles uniques" aux migrants arrivés sur le sol espagnol avant le 31 décembre 2024. Selon les estimations des collectifs à l’origine de cette initiative, environ 470 000 personnes pourraient en bénéficier.
Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, cette proposition n’a pas été bloquée par les principaux partis politiques. Ni le Parti populaire (PP, droite) ni le Parti socialiste (PSOE, gauche) ne s’y opposent fermement. Seul VOX, formation d’extrême droite, critique vivement cette mesure, la qualifiant d’"irresponsable" et établissant un lien contesté entre immigration et délinquance.
Edith Espinola, porte-parole de la plateforme Regularización Ya, explique cette relative unanimité par la forte mobilisation des ONG et du mouvement antiraciste en Espagne. Des organisations comme Caritas (Secours Catholique) ont également joué un rôle clé en soutenant activement cette réforme, contribuant à convaincre certains partis conservateurs de ne pas s’y opposer.
Une régularisation massive aux motivations économiques
Au-delà des considérations humanitaires, le gouvernement justifie cette mesure par des impératifs économiques. Le chef de l’exécutif, Pedro Sánchez, a souligné en octobre 2024 que l’intégration de ces travailleurs dans le système légal renforcerait la prospérité économique et la pérennité de la protection sociale.
Actuellement, près de 500 000 personnes sans papiers échappent aux cotisations sociales et fiscales, ce qui représente un manque à gagner important pour l’État. Edith Espinola rappelle que cette économie souterraine complique la planification des services publics et crée un "déficit de gouvernance" qu’il est urgent de corriger.
Cette future régularisation pourrait aussi permettre de clarifier le statut de milliers de demandeurs d’asile coincés dans des situations administratives floues. Une précédente réforme des lois sur l’immigration avait en effet compliqué les procédures, laissant de nombreuses personnes dans l’incertitude. Si le texte est adopté, il s’agira de la plus importante régularisation depuis 2005, et elle concernera deux fois plus de personnes que la dernière opération du genre.
En Europe, face aux #migrants, la tendance est plutôt aux expulsions sauf peut-être en #Espagne où le gouvernement socialiste se prépare à faire voter un plan de #régularisation de près de 500.000 migrants. Explications avec Henry de Laguerie, notre correspondant à Barcelone. pic.twitter.com/NGdVAtOmfS
— TV5MONDE Info (@TV5MONDEINFO) May 21, 2025
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