Les crises économiques mondiales ont à chaque fois fait naître ou émerger des organisations économiques et politiques pour y faire face. Actuellement, en raison de la guerre en Ukraine, une organisation attire particulièrement l'attention. Il s'agit des BRICS. Le poids de cette organisation fait couler beaucoup d'encre. C'est dans ce contexte que nous mettons à votre disposition cette contribution du professeur Abderrahmane Mebtoul, expert international en management stratégique et docteur d'État depuis 1974, qui a bien voulu participer au débat sur les BRICS.

L'envoyée spéciale chargée des grands partenariats internationaux au ministère des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l'étranger a déclaré, le 7 novembre 2022 au Forum de la Radio nationale, que « l'Algérie a déposé une candidature officielle pour rejoindre le groupe BRICS »[1]L'Algérie demande officiellement son adhésion aux BRICS. Le poids croissant des BRICS – et les tensions actuelles entre la Russie/Ukraine/Occident et les USA/Chine concernant Taiwan en Asie – risque de bouleverser toute la carte géopolitique du monde, nous orientant vers un monde multipolaire où le poids économique des pays émergents face aux USA et l'Europe, actuellement dominant, déterminera également le poids politique et militaire mondial à l'horizon 2030.

Le poids de l'Asie avec la dominance de la Chine

Le poids de l'Asie avec la dominance de la Chine ne cesse de croître au niveau de l'économie mondiale avec 4,717 milliards d'habitants. La Chine, civilisation millénaire, est un pays paisible, sans oublier l'Inde, n'ayant jamais été une puissance coloniale, considérant selon plusieurs études stratégiques de haut niveau les USA et l'Europe comme des partenaires économiques, ayant opté pour une position de neutralité concernant le conflit Russie/Ukraine.

Le rêve chinois étant surtout de devenir la première puissance économique mondiale, avec, en 2021, 70 % de ses exportations étant vers les USA et l'Europe. Le militaire a suivi, afin de défendre sa souveraineté nationale, comme l'attestent sa stratégie de la route de la Soie et son action en faveur du renforcement du BRICS où elle entend jouer le rôle de leader. La nouvelle route de la soie est un projet stratégique chinois afin de ressusciter la mythique route caravanière qui reliait, il y a près de 2000 ans, Xi'an en Chine à Antioche en Syrie médiévale (aujourd'hui en Turquie).Par ce projet, la stratégie vise à ancrer l'Europe orientale et l'Asie occidentale par un vaste réseau d'infrastructures, routes, chemin de fer, pipelines, câbles de fibres optiques et terminaux portuaires qui relieront les trois continents par terre et par mer, où toutes les routes conduiraient à Pékin. Il concernera plus de 68 pays regroupant 4,4 milliards d'habitants et représentant près de 40 % du produit intérieur brut (PIB).

Ce qui explique la récente contre-offensive américaine et accessoirement de l'Europe en direction de l'Afrique, enjeu économique du XXIe, importantes richesses et un quart de la population mondiale entre 2035/2040. La crise ukrainienne et récemment en Asie avec les tensions Chine/USA concernant l'avenir de Taiwan, la crise énergétique et alimentaire, l'impact de l'épidémie du coronavirus et du réchauffement climatique posent la problématique d'une nouvelle architecture des relations internationales et sur le plan politique et sur le plan économique de la nécessaire transition numérique et énergétique qui devrait modifier considérablement tant les politiques sécuritaires, économiques, et sociales des Nations. Nous assistons à un profond bouleversement de l'ordre économique et géopolitique mondial où le commerce de l'énergie se modifie, l'inflation est de retour, la crise alimentaire guette bon nombre de pays, les chaînes d'approvisionnement se reconfigurent et les réseaux de paiement se fragmentent.

Le monde devrait connaître un grand bouleversement

C'est ainsi que le monde devrait connaître un grand bouleversement à travers le poids croissant des BRICS, composés de 5 pays. Nous avons le Brésil (1608 milliards de dollars de PIB), la Russie (1776 milliards de dollars de PIB), l'Inde (3173 milliards de dollars de PIB), la Chine (17'730 milliards de dollars de PIB et des réserves de change de plus de 3000 milliards de dollars ) et l' Afrique du Sud (419,9 milliards de dollars de PIB). L'acronyme BRICSAM (en anglais) a également été utilisé pour y adjoindre le Mexique en tant qu'observateur, sans qu'il soit membre de ce groupe. Ce dernier a aussi été rejoint par la Thaïlande, l'Égypte, la Guinée et le Tadjikistan.

Ensemble, les BRICS pèsent 45 % de la population de la planète, près du quart de sa richesse et seraient à l'origine de plus de 50 % de la croissance économique mondiale au cours des 10 dernières années. N'oublions pas d'autres pays asiatiques ; le Japon (5383 milliards USD de PIB pour une population de 126 millions), la Corée du Sud (1907 milliards USD de PIB pour une population de 52 millions), l'Indonésie (1180 milliards USD de PIB pour une population de 274 millions), le Pakistan (264 milliards USD de PIB pour une population 221 millions), la Thaïlande (un PIB de 540 milliards USD pour 70 millions d'habitants) et le Vietnam (310 milliards USD de PIB pour une population de 122 millions d'habitants).

Toutefois, les tensions géostratégiques actuelles auront un impact négatif sur l'économie, sachant que le Fonds monétaire international (FMI) a réduit, le 12 juillet 2022, ses prévisions de croissance économique pour les États-Unis en 2022 et en 2023, pour la deuxième fois en moins d'un mois, avertissant qu'une poussée généralisée de l'inflation présente des « risques systémiques » pour ce pays et l'économie mondiale.

L'Europe durement impactée par la guerre en Ukraine

En Europe, les fortes révisions à la baisse s'expliquent par les retombées de la guerre en Ukraine et le resserrement de la politique monétaire, où l'inflation mondiale a été revue à la hausse du fait de l'augmentation des prix des denrées alimentaires et de l'énergie. Elle devrait atteindre 6,6 % dans les pays avancés et 9,5 % dans les pays émergents et les pays en développement en 2022, soit une révision à la hausse de 0,9 et 0,8 point de pourcentage.

Les dernières données de l'agence Fitch prévoient une révision à la baisse des prévisions de croissance du PIB de la Chine pour 2022 à 4,3 % contre 4,8 %. Sauf un changement de tendance, nous devrions assister au le poids croissant entre 2022/2030 des BRCS qui aura pour conséquence un profond changement du système économique et politique mondial. Pour l'instant, selon les données internationales de 2021, l'Europe et les USA, pour une population de moins d'un milliard d'habitants, accaparent 40 % du PIB mondial.

L'Europe, bien que déclinante, excepté l'Allemagne, reste une grande puissance économique, avec une population de 440 millions d'habitants avec un PIB de 14'476 milliards d'euros. En incluant la Grande-Bretagne, qui a un PIB de 2695 pour une population de 69 millions d'habitants, nous aurons un total de 17'171 milliards de dollars de PIB, les États-Unis d'Amérique ayant un PIB – selon les prévisions pour 2022 – de 24'793 milliards de dollars pour 332 millions d'habitants.

Pour adhérer aux BRICS, l'Algérie doit avoir une économie diversifiée

En conclusion, l'Algérie, pays pivot au niveau de l'Afrique, a demandé son adhésion pour intégrer les BRICS, où, en 2021, ses échanges commerciaux sont à plus de 50 % de l'Europe et à 80 % si l'on inclut les autres membres de l'OCDE et la Turquie. Ses exportations sont dominées avec les dérives (environ 98 % provenant des hydrocarbures brut et semibrut). Pour pouvoir être un acteur majeur au sein des BRICS, l'Algérie doit avoir une économie diversifiée, impliquant de profondes réformes en s'adaptant aux évolutions géostratégiques par une nouvelle gouvernance et la maîtrise des nouvelles technologies revoyant à la gouvernance et la valorisation du savoir sans lesquels aucun pays n'a d'avenir.