Au centre de luttes d'intérêts entre les grandes puissances, l'Afrique, principal pourvoyeur de matière première pour les pays développés, ne cesse d’être un enjeu mondiale. La Chine, la Russie et les États-Unis se livrent un lutte sans merci pour asseoir leurs influence sur le continent.

C'est dans ce contexte que l'ex-DG de l’OMC, Pascal Lamy, qui a présidé les 14es Rencontres Europe-Afrique de l'Institut Aspen France, a affirmé que le continent africain sera au centre d’intérêt de l'Europe pour les 50 ans à venir.

Pascal Lamy a affirmé dans une interview accordée au journal Le Point Afrique qu'« il y a des environnements réglementaires, juridiques et politiques qui sont plus ou moins favorables au développement des entreprises. Cela dit, dans le cas africain, je crois que c’est une erreur de penser que ce sont des prérequis absolument indispensables. »

« Mon expérience me dit que le développement du tissu d’entreprises ne se fait pas de manière mécanique mais de manière beaucoup plus organique. Je connais pas mal d’endroits en Afrique où les entreprises se sont développées sans les prérequis que j’ai appris à l’école. Il faut changer notre regard sur ce processus, faire davantage confiance aux entrepreneurs et ne pas toujours faire confiance aux théories », explique-t-il.

À lire aussi :  L'ambassadeur d'Algérie en France reçu à l'Elysée et au Quai d'Orsay

Aux Africains de choisir quel est leur premier problème

L'ex-DG de l’OMC a ajouté qu'au milieu des luttes d’intérêts, « c’est aux Africains de dire si l’Europe est leur problème géopolitique ou géo-économique no. 1. Ils ont aussi d’autres options. Par contre, ce que je sais, c'est que, pour l'Europe, l’Afrique est le problème géopolitique ou géo-économique no. 1 ».

Il explique que « quand on regarde les choses à long terme, on s'intéresse d’abord aux problèmes pour trouver des solutions. Les questions géopolitiques et géo-économiques doivent d’abord être aussi correctement identifiées que possible. Je commence par cela car il y a là une asymétrie. En gros, les Africains ont le choix de ce qu’ils considèrent comme leurs partenaires géopolitiques ou géo-économiques essentiels. Cela peut être la Chine ou les États-Unis. La réponse leur appartient, et pas à nous Européens, mais je pense que, pour les Européens, il n'y a pas de choix. Pour les 50 prochaines années, l’Afrique est le sujet no. 1 de l'Europe sur le plan géopolitique ou géo-économique ».

Il faut dire que les révélations de l'ex-DG de l'OMC interviennent au moment ou l'union européenne lance un plan pour contrecarrer l'influence chinoise. En effet, l'Union européenne a dévoilé les détails d'un plan d'investissement mondial de 340 milliards de dollars US, qu'elle a décrit comme une « véritable alternative » à l'initiative chinoise « Belt and Road », également connue sous le nom de « Nouvelle route de la soie ». Un fonctionnaire de l'UE a déclaré à la BBC que le plan sera fortement axé sur l'Afrique.