La commission de la défense et des forces armées de l'Assemblée nationale française a rendu public un rapport sur la situation politique et militaire des pays de la méditerranée. Ce rapport a mis en avant les capacités militaires de l’Algérie et a également souligné les avancées de l'armée algérienne dans plusieurs domaines, notamment en ce qui concerne les forces navales.

« Depuis 2006, l’Algérie promeut une politique de modernisation massive de son armée, comme en témoigne la part conséquente du PIB qu’elle consacre à l’effort de défense, à hauteur de 6,5 %, soit plus de 10 milliards d’euros. Ces chiffres sont à mettre en regard de la situation qui prévalait en 2006, date à laquelle seuls 2,5 % du PIB algérien était consacré à la défense. Aujourd’hui, l’Algérie constitue le 5e importateur d’armes du monde et le premier en Afrique, ainsi que l’a souligné le colonel Stéphane Richou, attaché de défense de l’ambassade de France en Algérie », peut-on lire dans ce rapport.

L'arsenal militaire algérien inquiète la France

Les rapporteurs de la commission de la défense et des forces armées de l'Assemblée nationale française soulignent particulièrement la puissance navale algérienne. « Dans le domaine naval, le développement capacitaire est particulièrement significatif », affirme le rapport, en citant le témoignage l’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la marine. Ce dernier a indiqué que « l’Algérie est en train de construire deux porte-hélicoptères d’assaut. Elle possédera bientôt 10 frégates et 15 corvettes. En outre, elle vient d’acheter à la Russie 4 sous-marins supplémentaires, capables de tirer des missiles de croisière navals ».

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La commission a exprimé à demi-mot son inquiétude face à l'arsenal algérien. Dans ce rapport, « le général Philippe Moralès, commandant de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), a ainsi mis en exergue que l’Algérie pourrait constituer une véritable bulle de déni d'accès dans le détroit de Gibraltar et jusqu’au sud de l’Espagne, dans une logique de sanctuarisation de la Méditerranée occidentale ».

Les rapporteurs s'interrogent aussi sur l’ampleur du réarmement de l'Algérie, notamment « au regard des contraintes économiques que connaît l’Algérie » et sur « les finalités poursuivies par les autorités algériennes ». « Il s’inscrit en effet dans un contexte caractérisé par un certain durcissement de la politique étrangère algérienne, notamment à l’égard du Maroc, telle que l’illustre la rupture des relations diplomatiques en août 2021, inédite depuis 1976, et la fin de l'utilisation du gazoduc Maghreb-Europe passant par le Maroc, sur fond de tension au Sahara occidental. En outre, la révision constitutionnelle de novembre 2020 autorise désormais la projection de l’armée algérienne hors de ses frontières dans le cadre d’opérations de maintien de la paix, à rebours de la tradition non interventionniste du pays », affirment-t-ils.

Toutefois, ce rapport souligne que « l’Algérie n’a pas à ce stade de volonté de projection de puissance. Ce réarmement massif obéirait par conséquent à des finalités principalement dissuasives : signal stratégique à l’égard du rival marocain ; protection du territoire, dans un contexte de forte préoccupation sécuritaire à ses frontières (Mali et Libye) ; préservation du prestige de l’armée et illustration de l’influence de cette dernière sur le pouvoir politique ».