Abdelmadjid Tebboune a instruit le gouvernement d'ouvrir le capital des sociétés publiques, lors du conseil des ministres qui s'est déroulé le 8 août. Le communiqué de la présidence ajoute que même les banques sont concernées par cette instruction.

Le chef de l'État explique cette instruction par le souci de « trouver des solutions efficaces et de s'éloigner de la gestion administrative pour développer le secteur industriel ». Cependant, cet aveu d'échec dans la gestion du secteur public et cette volonté d'ouvrir le capital des entreprises au privé renseigne sur une orientation libérale assumée par Abdelmadjid Tebboune. Nous assisterons donc à une nouvelle vague de privatisation qui ne dit pas son nom.

Qu'est-ce que l'ouverture du capital ?

L’ouverture du capital social à des investisseurs permet à une entreprise d’obtenir de nouveaux financements en fonds propres. L’argent apporté en capital social par les investisseurs ne devra pas être remboursé par la société, ce qui constitue un réel avantage par rapport à l’emprunt bancaire. En effet, avec ce dernier il faut rembourser le prêt plus les intérêts.

L'ouverture du capital permet de redresser la situation d’une société en difficulté. Cependant, avec cette levée de fonds l’indépendance des entreprises dans la prise de décision est remise en cause. Il faut signaler aussi que les levées de fonds ne fonctionnent pas automatiquement. Les investisseurs ne s’intéressent pas aux affaires qui ne marchent pas. D’où la question sur l’intérêt de lever des fonds pour des entreprises algériennes alors que le climat économique dans le pays n'est pas attrayant.

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Qui sont les entreprises concernées par l'ouverture du capital ?

Même si dans le communiqué le chef de l'État ne donne pas les noms des entreprises concernées par l'ouverture du capital, il est clair qu'aucune n'est exclue. Dans ce contexte de crise, plusieurs de ces entreprises publiques traversent une période difficile. Parmi ces dernières, Air Algérie est l'une des plus touchées. Le transporteur aérien compte lancer un plan de restructuration afin de faire face aux pertes astronomiques qu'a causées la crise sanitaire liée au Covid-19. Les deux priorités de la compagnie aérienne algérienne sont la baisse des prix de ses billets et les retards que connaissent régulièrement ses vols. Ce sont ces deux paramètres que les clients de la compagnie ont toujours dénoncés publiquement, beaucoup ayant assimilé les prix des billets à du « vol ».

Ainsi, faute d'argent, l'État ne peut venir au secours d'Air Algérie. La compagnie se tournera donc vers les capitaux privés. Cette entreprise publique devra alors composer avec les patrons qui injecteront de l'argent pour la sauver.

Les conséquences des privatisations par le passé

Abdelmadjid Tebboune n'utilise pas le mot privatisation. Ce mot rappelle aux Algériens le désastre des années 90 lors des privatisations des entreprises publiques. En effet, cette option défendue et mise en pratique par les libéraux de l'époque a détruit le tissu industriel a fait perdre au pays des dizaines de milliers d'emplois sans que ces privatisations apportent un souffle nouveau à l'économie du pays.

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En effet, après la révolte du 5 octobre 1988, les gouvernements successifs ont décidé d'aller vers une économie de marché. Après les textes législatifs relatifs à la création d'une Bourse des valeurs mobilières (décret législatif du 23 mai 1993), à la promotion et l'encouragement de l'investissement (décret législatif du 5 octobre 1993) et celui relatif au rétablissement de la concurrence (ordonnance du 25 janvier 1995), le texte relatif à la privatisation des entreprises publiques a été promulgué par l'ordonnance du 3 septembre 1995.

Depuis cette date, beaucoup d'encre a coulé. Des fleurons industriels ont été cédés au privé et ont disparu, d'autres entreprises ont été vendues au dinar symbolique. Les Algériens sont des milliers à perdre leurs emplois.