Il y a quelques années, les étudiants algériens désirant poursuivre leur cursus à l'étranger attendaient généralement l'obtention de leur premier diplôme, licence ou ingéniorat, avant d'entamer les démarches pour s'inscrire dans une université à l'étranger où entrevoir une carrière professionnelle dans un autre pays. Ce n'est plus le cas de nos jours. Ils sont des centaines de milliers, parfois fraîchement bacheliers, a vouloir quitter l'Algérie à tout prix.

Ces dernières années, le phénomène de migration a pris beaucoup d'ampleur en Algérie. Toutes les franges de la société sont « contaminés » par ce « virus ». Jeunes et vieux, femmes et hommes, travailleurs ou chômeurs veulent prendre l'avion, le bateau ou une embarcation de fortune pour rejoindre un autre pays, de préférence en Europe ou en Amérique du Nord.

Ce phénomène touche aussi, et particulièrement les étudiants. La question mérite une étude approfondie, car cela y va de l'avenir du pays dans tous les domaines. Dans un entretien accordé ce mercredi 3 novembre au quotidien Liberté, Karim Khaled, sociologue de la Migration et de l’Éducation, a décortiqué dans le détail le phénomène de la migration des étudiants algériens. Selon lui, ce sont plus de 25 % des étudiants qui veulent quitter l’Algérie. Un taux alarmant qui devrait pousser les pouvoirs publics a réfléchir sérieusement aux conséquences de cette « importante » fuite des cerveaux.

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Vouloir poursuivre ses études à l'étranger est « un acte d'épanouissement »

Le sociologue Karim Khaled est revenu sur l’histoire des trois meilleurs bacheliers algériens de la session 2021, qui ont fait le choix de poursuivre leurs études à l’étranger, en affirmant que  « vouloir faire des parcours scolaires à l’étranger n’est pas nouveau en Algérie ». Il s’agit selon lui « de stratégies d’investissement scolaire bien réfléchies par les familles algériennes ».

« Symboliquement, vouloir poursuivre leurs études ailleurs pour ces trois bacheliers est un acte d’épanouissement personnel et socioprofessionnel, pour reproduire ou renforcer le capital symbolique (prestiges, capital économique, culturel…) des familles en pleine concurrence sociale », explique-t-il.

Pour le sociologue, les causes du départ des étudiants algériens à l’étranger sont liées à des facteurs endogènes et exogènes. « Actuellement, le marché international des compétences, qui est au profit des puissances économiques et politiques, profite de la faiblesse et même de la marginalisation caractérisée de la matière grise dans des pays du Sud qui n’ont pas encore réglé politiquement la construction de l’État de droit », affirme-t-il.

Plus de 25 % des étudiants algériens désirent émigrer

Karim Khaled a souligné qu’une récente étude sur les jeunes Algériens montre que plus de 25 % des étudiants désirent émigrer. « Un taux qui n’est pas étonnant », selon lui. « Cette situation ne peut que confirmer ce que je qualifie d’habitus migratoire, c’est-à-dire avoir des prédispositions socialement acquises pour l’émigration, qui structurent toujours ce que j’appelle les foyers migratoires dormants », explique-t-il.

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« Dans l’état actuel des choses, notamment avec les mutations sociales dans les familles algériennes, la crise anomique du système d’enseignement et l’absence de perspectives et d’alternatives fiables, largement inclusives et citoyennes donnant espoir aux jeunes, la structure de ces foyers migratoires dormants ne peut que malheureusement s’élargir », explique le sociologue.