Le ministère de la Santé Abderrahmane Benbouzid est revenu lundi 14 février 2022 sur le départ annoncé de 1200 médecins algériens en France. Dans des déclarations à la presse, en marge d'une rencontre avec les directeurs relevant de son secteur, il a tenu à apporter certaines précisions. 

Ce n'est pas la première fois, en fait, que le premier responsable du secteur sanitaire s'exprime sur le sujet. Le 5 février dernier, lors d'une entrevue avec la chaine Ennahar TV, il a tenté de minimiser le phénomène en affirmant que cet exode est loin d'être propre à l'Algérie. Il avait également indiqué que les médecins quittent le pays faute de postes de travail toujours occupés par les retraités qui ne veulent pas céder leurs places.

Lundi 14 février, il a tenté de revenir sur ses déclarations, pour ainsi dire. Il a affirmé cette fois que les 1 200 praticiens ne sont pas tous établis en Algérie et certains d'entre eux dépassent les 50 ans.

« J’ai la liste : beaucoup de ceux qui ont réussi le concours sont déjà établis en France. Certains sont nés en 1961 et 1971. Ils ont donc 61 et 51 ans d’âge. La lecture qui a été faite des résultats du récent concours a donné à penser qu’il s’agit d’une seule vague de 1 200 médecins », a-t-il en effet expliqué.

À lire aussi :  Centre TCF à Alger : Nouvelle adresse et nouvelles procédures

Des médecins algériens nés durant les années 1990 figurent sur la liste des départs

Pourtant, ladite liste citée par le ministre, consultée par ObservAlgérie, comporte bien un nombre important de jeunes médecins. Une grande partie de ceux qui ont réussi les épreuves de vérification des connaissances a entre 30 et 40 ans, la classe prédominante étant celle des 30 à 35 ans.

EVC - histogramme âge

EVC - histogramme âge

Quoi qu'il en soit, vieux ou jeunes, ces départs constituent une perte pour l'Algérie qui a toujours souffert en matière de spécialistes au niveau des différentes structures sanitaires du pays. Ce qu'il faut savoir, en outre, c'est que ce phénomène relatif à l'exode des blouses blanches en Algérie ne date pas d'aujourd'hui.

Départ des médecins algériens : Ce que relève une étude

Selon une étude intitulée « L’émigration des médecins algériens : phénomène normal ou véritable exode ? » publiée le mois de janvier 2021 sur le portail OpenEdition Journals, le taux d’émigration global calculé était de 23,35 % en 2016. « Ce calcul prend en compte tous les médecins nés en Algérie, quel que soit leur lieu de formation (France ou Algérie), et exerçant en France », a précisé le spécialiste Ahcene Zehnati, l'auteur de cette étude.

« Le taux d’émigration (23,35 %) enregistré par l’Algérie (les médecins nés en Algérie, quel que soit leur lieu de formation), avoisine ceux enregistrés par les pays d’Afrique subsaharienne en 2006, à l’instar de l’Ouganda, de la Zambie ou de l’Éthiopie qui affichent respectivement 34,3 %, 27,9 % et 24,6 % », a-t-il précisé.

À lire aussi :  Centre TCF à Alger : Nouvelle adresse et nouvelles procédures

100 médecins en moyenne ont quitté l'Algérie chaque année

Ladite étude relève par ailleurs que « sur l’ensemble des spécialités étudiées, cent médecins en moyenne ont quitté le pays chaque année. Sur cet effectif, quarante étaient des psychiatres, douze des anesthésistes-réanimateurs, onze des médecins généralistes, neuf des radiologues et vingt-huit des médecins des cinq autres spécialités ».

Un grand nombre des médecins algériens qui partent en France s'inscrivent au concours des épreuves de vérification des connaissances (EVC). Une option et une aubaine pour eux pour décrocher un poste en France et quitter du coup le pays. Ce concours ouvert pour les praticiens étrangers voulant exercer dans l'Hexagone est dominé par les Algériens, relève la même étude.

Les médecins algériens dominent le concours EVC en 2017 déjà

« Sur les 98 nationalités représentées en 2017, quatre candidats inscrits sur dix viennent d’Algérie (41,7 %). Pour rappel, les candidats algériens représentaient 41,7 % en 2016, 40 % en 2015 et 41,6 % en 2014 », note dans son document Ahcene Zehnati, qui est un économiste de la santé et directeur de recherche au Centre de Recherche en Économie appliquée pour le Développement.

Cet engouement ne s'affaiblit toujours pas et les autorités sont appelées à réagir pour mettre fin à l'hémorragie qui va crescendo. Au rythme où vont les choses, les structures sanitaires algériennes risquent d'être désertées.