Le conflit entre la Russie et l'Ukraine s'enlise davantage avec l'intervention militaire russe. Cette guerre fait planer le doute sur les livraisons de gaz vers l'Europe et les Occidentaux cherchent des fournisseurs pour pallier à un éventuel arrêt d'exportation du gaz russe. Dans ce conflit, le gaz algérien est présenté par certains économistes comme une alternative au gaz russe. Cependant la question se pose sur les capacités de l'Algérie à augmenter ses capacités de production et d'exportations.

En effet, devant cette aubaine qui se présente à l'Algérie, la question des capacités du pays se pose avec insistance. Le PDG de la Sonatrach a affirmé dans une interview accordée au journal Liberté : « Nous continuerons à honorer nos engagements envers nos clients, notamment pour le gaz naturel, et nous placerons tout excédent sur le marché spot ».

Cependant, le responsable de la Sonatrach nuance ses propos en ajoutant que « ces appoints en gaz naturel et/ou en GNL sont tributaires de la disponibilité de volumes excédentaires ». Cette dernière phrase est révélatrice de la limite de l'Algérie dans ce domaine.

L'Algérie n'a pas les capacités pour remplacer le fournisseur russe

Déjà en 2020, avant même la crise sanitaire qui a plombé les investissements dans le domaine des hydrocarbures, le ministre de l'Énergie de l'époque avait révélé que l'Algérie comptait réduire ses exportations de gaz à partir de 2025. Abdelmadjd Attar avait précisé que l'Algérie exporterait, à partir de 2030, une quantité de gaz entre 25 à 30 milliards de mètres cubes. Le ministre avait expliqué que la compagnie nationale Sonatrach devrait réduire ses exportations de gaz à partir de 2025, en raison des réserves prouvées restantes et l'augmentation de la demande interne. « Pour ne plus exporter à partir de 2030 et non 2025 que 25 à 30 milliards de mètres cubes », déclarait Abdelmadjid Attar.

Ces déclarations, qui annonçaient le déclin de la production algérienne de gaz, restent toujours d'actualité étant donné que depuis le temps, les investissements dans ce domaine ont été réduits. Elles sont une réponse aux interrogations sur les capacités de l'Algérie à répondre à la demande européenne. En effet, à court terme, l'Algérie ne pourra pas remplacer la Russie sur le marché européen.

Le gaz de schiste pour parer au recul du gaz naturel ?

Devant la crise énergétique qui secoue l'Europe, plusieurs spécialistes ont plaidé pour l'exploitation du gaz de schiste en Algérie. C'est le cas d'Ali Hached, ancien vice-président de la Sonatrach. Ce dernier estime qu'« il y a aujourd'hui une lutte féroce pour accaparer les quelque 40 milliards de mètres cubes supplémentaires que le Qatar va mettre sur le marché… Le Qatar, qui est en passe de devenir le premier exportateur de GNL en augmentant ses capacités de production, est aujourd'hui l'acteur majeur qui va approvisionner le marché européen face à la rupture occasionnée par le conflit russo-ukrainien ».

Ali Hached avait indiqué qu'« à court terme, l'Algérie n'a pas les quantités suffisantes à mettre sur le marché, mais à long terme, elle aura un rôle à jouer si on prend réellement à bras le corps le développement de nos réserves […] si les investisseurs venaient investir dans nos gisements ». L'ancien vice-président de la Sonatrach affirme encore que l'Algérie « pourrait mettre une dizaine de milliards de mètres cubes de gaz supplémentaires sur le marché et ensuite s'inscrire dans une trajectoire de développement de [ses] réserves ».

La société civile opposée à l'exploitation du gaz de schiste ?

Cependant, dans ce domaine, il faudrait s'attendre à une forte opposition de la part de la société civile. En, 2013 un grand mouvement est né pour mettre fin à l'exploitation du gaz de schiste. Les opposants à cette source d'énergie ont mis en avant les dangers que représente la technique de fracturation hydraulique, utilisée pour extraire le gaz de la roche-mère.

Ces détracteurs soulignent que les énormes quantités d'eau utilisées lors de chaque forage (15 à 20 millions de litres) inquiètent vivement. Les opposants à l'exploitation du gaz de schiste mettent également en avant les risques de pollution du sol, du sous-sol, de l'air et des nappes d'eau souterraines qui viennent avec la fracturation.