La crise diplomatique entre l'Algérie et l'Espagne, née du soutien du Royaume ibérique à la « souveraineté » du Maroc sur le Sahara occidentale, ne semble pas s'essouffler. Les autorités algériennes ont mis en place une batterie de sanctions, s'agissant notamment de la question énergétique avec la décision de l'Algérie de revoir à la hausse les prix du gaz exporté vers l'Espagne. Cette décision a été confirmée par le président de Naturgy dans un entretien accordé au média espagnol La Vanguardia.

Dans cet entretien, Francisco Reynés a prévenu que l'augmentation des prix du gaz qui sera acheminé notamment via Medgaz est «inévitable». Il a expliqué que « le pouvoir de négociation de ceux qui disposent d'une ressource rare, en l'occurrence le gaz, est plus important qu'il ne l'avait été à d'autres moments ». « Je dirai que le monde est voué à une hausse des prix du gaz dans les années à venir », explique-t-il, tout en tenant à relativiser ces hausses : « nous travaillons à rendre l'augmentation aussi minime que possible, pour la transférer à nos clients ».

Pour ces prix du gaz, Francisco Reynés a essayé de ne pas lier cette augmentation à la crise diplomatique avec l'Algérie. Il a souligné qu'« au vu de l'évolution des indices, c'est évident que les prix augmenteront. Personne ne doute que le gaz est plus cher aujourd'hui qu'il ne l'était il y a 3 ans ».

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Francisco Reynés explique que si la durée des contrats sur le gaz est garantie sur le long terme, selon la formule « take or pay », la courbe des prix appliqués est régie par un accord révisable tous les 3 ans. « Cela se fait en raison de la volatilité à laquelle les prix sont soumis, même avant la crise actuelle. Nous avons commencé à travailler sur la renégociation du contrat pour la période de janvier 2022 à décembre 2024, en novembre 2021 ». Une manière d'évacuer les tensions entre les deux pays.

L'approvisionnement de l'Espagne en gaz à partir de l'Algérie est assuré

Par ailleurs, le président de Naturgy s'est montré rassurant quant à la garantie de l'approvisionnement en gaz de son pays à partir de l'Algérie. Il a rappelé que les contrats qui lient les deux pays sont des contrats à long terme, scellés jusqu'en 2032.

Il a également indiqué que malgré la conjoncture et les tensions entre les deux pays, « le contrat de fourniture en cours entre l'Algérie et l'Espagne est garanti jusqu'en 2032, avec la volonté des parties de discuter de son renouvellement (…). Nos relations durent depuis 30 ans et ont toujours été cordiales ». Francisco Reynés souligne que « le contrat que nous avons avec Sonatrach comporte deux parties, l'une est le contrat de prix et l'autre est le contrat de quantité. Ce dernier ne fait l'objet d'aucune suspicion ni n'est sujet à réexamen ».

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L'Espagne revendeur de gaz en Europe ?

Il faut rappeler que les relations entre l'Algérie et l'Espagne sont toujours tendues. Concernant les livraisons du gaz, Alger avait même menacé de rompre ses contrats avec le royaume ibérique si le gaz algérien est transféré vers le Maroc via le Gazoduc Maghreb-Europe en « flux inverse ». L'Espagne avait assuré que ce gaz livré au Maroc ne proviendrait pas de l'Algérie.

Soulignons aussi que l'Espagne se procure 42,10 % de son gaz de l'Algérie et 0,46 % de Russie. Mais le Royaume ibérique ne dépend qu'à hauteur de 9 % du gaz naturel dans sa production énergétique. Loin d'être dans l'urgence, l'acquisition du gaz algérien par l'Espagne est donc avant tout une question économique dans le cadre du marché intérieur de l'énergie ; marchés européens du gaz et de l'électricité, fortement mis à mal par la crise avec la Russie, notamment depuis son invasion de l'Ukraine.